Un homme et deux femme, mardi après Noël

22/12/10 à 10:19 - Mise à jour à 10:19

Une sobre et intense émotion se dégage de "Mardi après Noël", beau film roumain où un homme marié, père de famille, doit choisir entre épouse et maîtresse. Un triangle amoureux somme toute assez classique, mais dont la réalisation se révèle d'une générosité profonde.

Un homme et deux femme, mardi après Noël

© DR

Dans la carrière de Radu Muntean, 39 ans, il y a d'une part l'alimentaire, et de l'autre le nourrissant. L'alimentaire se décline en plus de 400 films publicitaires, ayant généré une quarantaine de prix dans les festivals spécialisés. Le nourrissant se compose plus modestement, mais bien plus significativement aussi, d'une poignée de longs métrages de fiction, dont le dernier paraît sur nos écrans après s'être fait remarquer en mai dernier au festival de Cannes, et avoir remporté le Bayard d'Or du meilleur film à celui de Namur.

Mardi après Noël (Marti, Dupa Craciun) inscrit son auteur dans le peloton de tête des créateurs majeurs de cette "nouvelle vague" du cinéma roumain qui n'en finit pas d'étonner. Une vague dont Cristian Mungiu, Palme d'Or 2007 pour 4 mois, 3 semaines, 2 jours, est le représentant le plus fameux, mais où s'illustrent d'autres réalisateurs de grand talent comme Corneliu Porumboiu (12h08 à l'Est de Bucarest), le trop précocement disparu Cristian Nemescu (California Dreamin'), Cristi Puiu (The Death Of Mr Lazarescu), Catalin Mitulescu (Comment j'ai fêté la fin du monde) et Florin Serban (If I Want To Whistle, I Whistle).

Triangle amoureux

Mardi après Noël s'ouvre sur un long plan d'un couple après l'amour, échangeant des propos enjoués, complices, sur le lit de leurs ébats tout juste consommés. Lui, c'est Paul, la trentaine, plus âgé de quelques années que sa compagne, Raluca. Nous apprendrons vite que l'homme est marié, et père d'une petite fille, Mara. Sa maîtresse n'ignore rien de sa situation familiale, et ne semble pas pressée de l'en déloger. Mais Raluca est aussi la dentiste de Mara, qui doit se faire poser un appareil. Et quand Paul la mettra involontairement en présence d'Adriana, son épouse, à l'occasion de cette opération, les choses prendront un autre tour...

On ne dévoilera pas la suite de cette chronique intime. Nous dirons juste qu'elle s'inscrit dans la thématique largement éprouvée du triangle amoureux, et qu'elle ne fera pas l'économie de la case morale, celle qui suppose de choisir, avec ce que cela inclut de douleur inégalement partagée.

Si le film de Muntean captive en dépit de la relative banalité de ses ressorts narratifs et humains, c'est par son mélange d'économie extrême de moyens et sa générosité profonde. Laquelle ne rime en aucun cas avec sentimentalité facile, mais se fonde au contraire sur une exigence formelle devenant révélateur humain: la pratique du plan séquence portée à son point d'intensité maximale. Une prise, un plan. Dedans, des personnages qui n'ont aucun point d'esquive, aucune échappatoire, comme si le cadre qui les retient ne pouvait être brisé que par une fuite qui les disqualifierait pour de bon... et qu'ils ne tenteront jamais, parce que chacun d'entre eux est un être responsable.

A la recherche d'une humanité d'autant plus touchante qu'elle s'assume dans sa complexité, ses élans mais aussi ses limites, Mardi après Noël aurait sans doute plu à un Bergman, à un Kieslowski, autres observateurs du quotidien doublés de chercheurs d'âme. L'approche formelle du film rebutera probablement certains spectateurs, mais sa valeur et sa justesse réservent aux plus patients, aux plus attentifs, une belle et mémorable émotion.

Mardi après Noël, chronique dramatique de Radu Muntean, avec Mimi Branescu, Mirela Oprisor, Maria Popistasu. 1h39.

Louis Danvers

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