[Critique ciné] The End of the Tour, l'infinie comédie

23/02/16 à 15:20 - Mise à jour à 15:52

Source: Focus Vif

DRAME BIOGRAPHIQUE | En 1996, David Lipsky rencontrait, cinq jours durant, le mythique écrivain David Foster Wallace.

[Critique ciné] The End of the Tour, l'infinie comédie

Jason Segel et Jesse Eisenberg dans The End of the Tour de James Ponsoldt. © DR

Ecrivain culte, comparé dans un même élan à J.D. Salinger et Thomas Pynchon, David Foster Wallace, l'auteur notamment d'Infinite Jest, devait mettre fin à ses jours en septembre 2008, à l'âge de 46 ans à peine, sa disparition prématurée n'étant pas sans contribuer, accessoirement, à son mythe. Inspiré du récit Même si, en fin de compte, on devient évidemment soi-même, de David Lipsky (publié Au Diable Vauvert), l'excellent The End of the Tour, de James Ponsoldt (The Spectacular Now), vient lever un coin du voile sur la personnalité du romancier, et beaucoup d'autres choses encore. Les mémoires de Lipsky, et le film dans la foulée, retracent un épisode survenu en 1996, lorsque Wallace (interprété par Jason Segel) avait accepté que Lipsky (Jesse Eisenberg), jeune journaliste à Rolling Stone, l'accompagne lors de la dernière étape de la tournée promotionnelle d'Infinite Jest, pour une interview hors-norme s'étirant sur cinq jours. Et les deux interlocuteurs d'échanger sur les sujets les plus variés -il s'agissait, après tout, de rédiger un profil de l'auteur (lequel, pour la petite histoire, ne sera jamais publié)-, leurs conversations à bâtons rompus portant sur l'écriture comme sur l'individu, et bien au-delà.

Finding D.F. Wallace

La matière est dense, l'un des mérites de Ponsoldt et de son scénariste, Donald Margulies, est d'avoir su la rendre engageante, transcendant au passage sa nature toute théâtrale. The End of the Tour est ainsi orchestré comme un road-trip qui conduirait de Bloomington, Illinois, où résidait Wallace et cadre de sa première rencontre avec Lipsky, à Minneapolis, Minnesota, et retour; un périple bavard au gré duquel une relation aussi fragile qu'intense va s'ébaucher entre les deux hommes.

Le D.F. Wallace que l'on découvre dans un premier temps colle assez bien avec l'image que l'on se fait d'un écrivain revêche, solitaire et bourru -une sorte de version mal dégrossie du Sean Connery de Finding Forrester, pour situer. La réalité est plus complexe toutefois, et le dialogue fourni qui s'ensuit dévoile les fragments d'une personnalité aussi fascinante que déconcertante; en délicatesse, encore, avec la reconnaissance -"plus on nous encense, plus on a peur d'être un imposteur"-, à moins que ce ne soit, déjà, avec la vie. Il y a là, souterraine, une réflexion brillante sur la création, qu'en prolonge une autre, plus vaste, ouvrant sur l'abîme de la solitude. S'y ajoute le récit d'une amitié qui, tout en se construisant, semble vouée à porter son propre deuil. Soit un mouvement paradoxal que Ponsoldt met en scène avec une appréciable fluidité et ce qu'il faut de respirations, tandis que le toujours impeccable Jesse Eisenberg et l'inattendu Jason Segel excellent tout simplement, jusqu'à emmener ce film inspirant en terrain singulièrement émouvant.

DE JAMES PONSOLDT. AVEC JASON SEGEL, JESSE EISENBERG, JOAN CUSACK. 1H46. SORTIE: 24/02.

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