Critique ciné: Dans la cour

22/04/14 à 16:44 - Mise à jour à 16:44

Source: Focus Vif

COMÉDIE DRAMATIQUE | Antoine était musicien, chanteur. Un soir de grosse déprime, cet insomniaque chronique n'est monté sur scène que pour la traverser, sa valise à la main, et s'en aller, suscitant dans la salle de tonitruants "Remboursez!".

Critique ciné: Dans la cour

Dans la cour - Catherine Deneuve et Gustave Kervern © DR

La vie, elle, ne se rembourse pas. Elle passe à toute allure et n'est jamais que ce qu'on en fait. La quarantaine est là, et Antoine n'a plus guère envie de faire quoi que ce soit. Surtout ne plus penser, et s'effacer, tranquille... Un passage à Pôle Emploi le mènera vers un job de gardien d'immeuble. Et Antoine de devenir concierge. Des canettes de bière et une petite ligne de coke pour l'aider à tenir. Et puis des rencontres avec les habitants, des copropriétaires un peu décalés. Moins que lui, mais tout de même. Surtout Mathilde, épouse d'un ex-syndicaliste et elle-même dévouée aux autres à travers le bénévolat. Une femme angoissée qui glisse, de plus en plus perceptiblement, vers une forme de folie... Pierre Salvadori a eu la belle idée de réunir à l'écran Catherine Deneuve (poignante, admirable) et Gustave Kervern (coréalisateur de Mammuth et du Grand soir avec Benoît Delépine). Le tandem habite en clair-obscur un film qui débute comme une comédie mélancolique et s'offre ensuite l'audace d'une imprévisible dérive, au plus profond d'une humanité blessée, d'un douloureux mal de vivre. Dans la cour trace un double portrait mémorable, amusant puis bouleversant. Il capte aussi l'air du temps, le décrochage moral plus encore que social, dans un mélange d'humour et de gravité que le réalisateur des Apprentis distille avec une émotion palpable.

  • De Pierre Salvadori. Avec Catherine Deneuve, Gustave Kervern, Féodor Atkine. 1 h 37. Sortie: 23/04.

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