Critique

Soul, le nouveau Pixar, un régal pour les sens et l’esprit

© Disney/Pixar
Jean-François Pluijgers
Jean-François Pluijgers Journaliste cinéma

Entamée il y a 25 ans par Toy Story, l’aventure Pixar n’a cessé, depuis, d’appeler les superlatifs. Et ce n’est pas Soul, le vingt-quatrième long métrage du studio d’animation californien et le quatrième réalisé par Pete Docter, qui va inverser la tendance.

S’inscrivant dans la continuité de Inside Out, le film allie inventivité graphique et audace narrative le temps d’un récit d’aventures mouvementées soulevant aussi des questions existentielles. Un régal pour les sens et pour l’esprit, en somme.

Au coeur du film, on trouve Joe Gardner, un pianiste new-yorkais passionné de jazz, et enseignant son art à des lycéens indifférents en attendant, espoir un peu chimérique sans doute, de devenir musicien professionnel. Le jour où la chance de sa vie se présente enfin sous la forme d’une audition pour le quartet de Dorothea Williams, légende du saxophone en résidence au Half Note Club, Joe, tout à sa joie, est victime d’un accident qui l’expédie dans l’au-delà. Enfin, pas tout à fait, puisque ne voulant se résoudre à mourir, il se retrouve dans le « Great Before », un endroit éthéré où des conseillers répondant tous au nom de Jerry aident de nouvelles âmes à construire leur personnalité et à découvrir leur passion avant de tenter le grand saut sur Terre où elles intégreront un nouveau-né. Une Terre que Joe n’est que trop pressé de retrouver, entreprise dans laquelle il va se voir associé à 22, une âme peu sensible aux attraits de l’existence, aucun mentor, aussi prestigieux soit-il -il y a eu au nombre Mère Teresa, Mohamed Ali ou Marie-Antoinette- n’ayant réussi à susciter en elle la moindre étincelle…

Soul, le nouveau Pixar, un régal pour les sens et l'esprit

Du réalisme à l’abstraction

« Qu’est-ce qui fait de nous ce que nous sommes? » La question à l’origine du dernier-né des studios Pixar suffit à en souligner l’ambition. Après s’être aventuré dans l’esprit d’une jeune adolescente dont les émotions se bousculaient dans Inside Out, Pete Docter (lire aussi son interview et celle de l’équipe du film) s’interroge ici sur les fondements de notre personnalité et, tant qu’à faire, sur le sens de la vie, Soul défrichant dans la foulée des territoires que le cinéma d’animation n’a guère l’habitude d’explorer. Une richesse thématique qui n’écrase pas pour autant un film qui, se voulant tout public, multiplie les niveaux de lecture, et se déploie entre New York et les limbes sous la forme d’un récit d’aventures gaguesque.

S’y ajoute ce qui tient de l’enchantement visuel permanent. S’il n’est pas besoin de rappeler combien jazz et animation font généralement bon ménage, l’esthétique de Soul témoigne de l’audace comme de la créativité d’artistes dont l’imagination et le savoir-faire se déploient ici tous azimuts, au réalisme des scènes de rue répondant l’abstraction de l’au-delà. Avec, par endroits, des moments de pure magie, que Joe se laisse transporter par son art pour être absorbé par la note bleue, motif n’ayant rien de gratuit en l’occurrence, ou qu’il bascule dans un néant à l’épure fascinante. Deux exemples parmi d’autres de l’accomplissement esthétique d’une oeuvre singulièrement inspirante…

De Pete Docter et Kemp Powers. Avec les voix de Jamie Foxx et Tina Fey (VO); d’Omar Sy et Camille Cottin (VF). 1h40. Disponible sur Disney+ à partir du 25/12. ****(*)

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