Critique scènes: L’élève Kevin

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Estelle Spoto
Estelle Spoto Journaliste

Après avoir démantibulé l’orthographe dans le brillant La Convivialité, Arnaud Hoedt et Jérôme Piron appliquent leur formule de conférence décalée et technologiquement interactive pour aborder un sujet maousse costaud: l’école.

La Convivalité, leur spectacle-tube qui a tourné partout pendant des années (et qui tourne encore d’ailleurs), était énigmatiquement annoncé par la photo d’un marteau. Un visuel dont la signification ne pouvait être comprise qu’en assistant à une représentation. Il en va de même pour Kevin, nouvelle création de Arnaud Hoedt et Jérôme Piron, ce duo de profs ayant basculé presque par accident dans le théâtre: son emblème est un poisson (un saumon? une truite?, on n’est pas spécialiste…), qui fait référence à une blague, courte mais significative, racontée pendant le spectacle.

Ce poisson, donc, ne s’appelle pas du tout Kevin. Kevin, c’est un élève de 2e différenciée que les deux anciens profs ont eu dans leur classe et au sujet duquel « ils ne comprenaient pas ce qu’il ne comprenait pas« . Notamment, au cours de géo, face à sa difficulté de faire le lien entre « la carte et le territoire« . Kevin, le spectacle, est une tentative de percer le mystère et de trouver les causes de cette incompréhension dans un système qui prône pourtant « l’égalité des chances« .

Critique scènes: L'élève Kevin

Pour construire cette forme courte appelée à s’étoffer plus tard (en 2023) en forme longue, le duo a puisé dans l’Histoire de l’enseignement et dans la sociologie (ces liens étonnants entre la réussite scolaire et le prénom), a consulté les spécialistes du GIRSEF (Groupe Interdisciplinaire de Recherche sur la Socialisation, l’Education et la Formation de l’UCLouvain) et fait confiance, dans une partie initiale sans présence humaine sur le plateau, à l’intelligence collective (clin d’oeil à l’entraide silencieuse après cette période catastrophique où les élèves ont été isolés chacun derrière leur ordi) pour que le public comprenne sans consigne ce qu’il est censé faire.

Un amuse-bouche malin, riche et questionnant, qui ouvre sacrément l’appétit pour le plat de résistance. Rendez-vous en 2023.

Kevin: jusqu’au 25 septembre au Théâtre les Tanneurs à Bruxelles (en soirée composée avec Philipot, lire la critique) www.lestanneurs.be, le 2 octobre au Centre de Délassement de Marcinelle, www.ancre.be

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