Critique

[à la télé ce soir] Mad in Belgium: éloge de la folie

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Julien Broquet
Julien Broquet Journaliste musique et télé

Une plongée grisante et irrévérencieuse dans le cinéma excentrique et décalé d’un pays bien moins plat qu’il en a l’air.

Documentaire sur le cinéma belge, Mad in Belgium commence avec un extrait de C’est arrivé près de chez vous. Benoît Poelvoorde qui se paie un petit facteur, prend sa matinée pour récolter les pensions et repérer les vieux qui ont de l’argent. Gloup gloup… Il se termine avec l’entartage de Bill Gates, le maître du monde, par Rémy Belvaux, et avec Poelvoorde qui chante Cinéma cinéma dans le film qui, il y a quasiment 30 ans, foutait le feu à la Croisette. Pas de frères Dardenne ou de Jaco Van Dormael ici. Yves Montmayeur se penche sur le 7e art belge dans ce qu’il a de plus impertinent, rebelle et cinglé. « Du surréalisme de combat qui se trouve tout entier dans cette harangue de Louis Scutenaire. Il faut regarder la réalité en farce, résume Noël Godin en racontant son Grève et pets. Je ne me prends aucunement comme un cinéaste. Je suis un garnement qui a voulu démontrer qu’absolument tout le monde qui avait deux ou trois sous vaillants pouvait faire du cinéma d’agitprop totalement déraisonnable. »

Mad in Belgium souligne l’importance de Strip Tease, se promène sur le tournage d’ Adoration (Fabrice Du Welz), remonte au Vase de noces du regretté Thierry Zéno et au Bande de cons de Roland Lethem, du propre aveu de ce dernier, le degré zéro du cinéma. « Les spectateurs qui entraient avaient payé leur place. Et ils se posaient la question: est-ce que je suis con si je reste ou est-ce que je suis con si je m’en vais? Quelle que soit leur attitude, ils étaient baisés. »

« Montrer des choses que les autres ne montrent pas. Toucher les gens là où les autres n’essaient pas de les toucher. » « L’humour pour regarder autrement les choses. Un constat d’impuissance. Un moyen de se défendre. Cette idée que rire, c’est montrer les dents. » Rythmé par des extraits de films, des images d’archives, les commentaires de témoins de première main, le documentaire d’Yves Montmayeur (Olivier Gourmet: exercices de style, Michael Haneke: profession réalisateur…) parle de court métrage sur un collectionneur de tampons usagés (Comme le temps paxe vite), zoome sur le cinéma de Bouli Lanners (Eldorado), de Jan Bucquoy (La Dernière Tentation des Belges), de Patar et Aubier (Panique au village)… Il évoque aussi Jean-Jacques Rousseau, qui faisait ses castings sur les marchés et dans les bureaux de pointage et a embauché des taulards, des arriérés, des malheureux. Une plongée grisante et irrévérencieuse dans le cinéma excentrique et décalé d’un pays bien moins plat qu’il en a l’air.

Documentaire d’Yves Montmayeur. ****(*)

Mercredi 22/12, 20h30, Be Ciné.

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