Opinion

Laurent de Sutter

Beach body pop party (2/6): « quand on transpire trop, on n’est jamais à l’abri d’un ‘coup de chaud' »

Laurent de Sutter Professeur à la VUB

Comment se faire un corps de rêve pour l’été: les conseils à ne pas suivre des meilleurs non-spécialistes pour éviter les calamités qui menacent vos vacances.

On l’a attendu toute l’année pourtant. Mais lorsqu’il se met à taper, les conséquences ne s’en font pas attendre. Sudation, plaques, cloques, insolation: les rayons de l’astre rôtisseur donnent souvent à la réalité un goût qui, pour un peu, ferait passer notre appétit pour lui. Qu’à cela ne tienne, on y revient toujours. Les corps ont beau se transformer en quenelles luisantes sous l’effet de la chaleur du soleil (ou de la crème de protection supposée en annuler les effets les plus nocifs), le bonheur qu’il y a à «cuire» colle aux êtres humains avec autant d’acharnement qu’une miette de persil dans les dents du gastronome distrait. Cet acharnement, toutefois, se transforme parfois en venin – comme si le fait de transpirer faisait ressortir autre chose que de l’eau des corps allongés au bord de la plage ou de la piscine. Dans La Piscine de Jacques Deray (1969), la transpiration constituait même la métaphore du climat délétère qui s’instaurait entre Jean-Paul (Alain Delon), sa femme Marianne (Romy Schneider), leur invité Harry (Maurice Ronet), ancien amant de Marianne, et la fille de celui-ci, Pénélope (Jane Birkin). Tandis qu’ils suaient au bord de l’eau, les différents personnages du film devenaient les acteurs d’une sorte de tragédie du désir et de l’incommunication que seule la chaleur avait rendue possible. Comme pour toutes les tragédies, celle-ci se terminait par la mort idiote d’un des protagonistes – une mort dont il y avait de fortes raisons de croire qu’elle ne se serait jamais produite si la transpiration ne les avait pas aveuglés. La morale de l’histoire était claire: quand on transpire trop, on n’est jamais à l’abri d’un «coup de chaud» – dont la conséquence peut être la mort d’autrui autant que la sienne propre. Sortez couverts.

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