Opinion

Laurent de Sutter

Beach body pop théorie (1/6): « A la plage, trop de poils tuent le poil »

Laurent de Sutter Professeur à la VUB

Comment se faire un corps de rêve pour l’été: les conseils à ne pas suivre des meilleurs non-spécialistes pour éviter les calamités qui menacent vos vacances.

Il fait beau. Il fait chaud. Il y a des palmiers. Pour les résidents du Club Med d’Assinie, en Côte d’Ivoire, c’est l’heure de la drague. Jérôme, médecin de son état, tente le coup à l’aide d’un accessoire qu’il pense imparable: un maillot de bain à la taille si basse qu’il laisse déborder de manière généreuse la toison pubienne qu’il a fournie. Inutile de dire que l’astuce ne lui servira pas à grand-chose. Même la femme moderne a des limites – même au Club Med. Sommet du mauvais goût devenu culte auprès de la génération post-boomer, Les Bronzés (1978) de Patrice Leconte, en mettant en scène la pilosité du jeune Christian Clavier, pointait d’un doigt pas très discret un des grands interdits de la plage: celui du poil. Mais, comme tous les interdits, celui-ci est ambigu. Car si la toison (mâle) peut signaler une forme de virilité primitive supposée attirante pour certains individus, hommes comme femmes, qui y distinguent l’attrait d’une force plus ou moins odorante, son exhibition du côté de la poitrine (voire, pour les plus hardis, des épaules) a pour contrepoint sa prohibition du côté du sexe des deux genres – ainsi que, injustice patriarcale oblige, des jambes et des aisselles des femmes. Aussi désagréable qu’un cheveu dans le potage lorsque son apparition est réputée inappropriée, le poil tient de ce que le philosophe Jacques Derrida avait un jour appelé pharmakon: le «poison» qui est en même temps le «remède». Parce qu’elles sont autant d’indices de la sexualisation des corps, les touffes diverses et variées ne sont tolérées que pour autant qu’elles se limitent à demeurer des indices – à se deviner de telle manière que le consensus voulant que la plage soit un lieu de sociabilité normal demeure intouché. A la plage, trop de poils tuent le poil.

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