Des enregistrements oubliés de Toots Thielemans retrouvés aux Pays-Bas

Toots Thielemans
FocusVif.be Rédaction en ligne

La musique que l’artiste de jazz Jean « Toots » Thielemans a enregistrée dans les années 1970 pour des espaces publics tels que des centres commerciaux, des aéroports et des halls d’hôtel a été retrouvée dans les archives néerlandaises du jazz à Amsterdam.

Il s’agit de la musique qu’il a enregistrée avec son pianiste Rob Franken, avec lequel il a également créé la musique du succès cinématographique international Turks Fruit, d’après le livre de Jan Wolkers, en 1973.

Les enregistrements seront diffusés à l’occasion du centième anniversaire du compositeur, harmoniciste et guitariste belge, le 29 avril. Les 59 titres retrouvés seront pressés sur trois disques.

« Vous pouvez difficilement l’imaginer, mais dans les années 70, on demandait tout simplement à de grands noms comme Toots Thielemans de faire ce genre d’enregistrements« , a souligné le spécialiste en musique de jazz Frank Jochemsen avant de qualifier ces morceaux de joyaux.

À l’époque, les cassettes contenant ce genre de musique dite « fonctionnelle » étaient détruites, mais grâce au zèle d’un producteur, des copies de qualité ont été préservées. Elles sont restées cachées jusqu’aujourd’hui dans les archives néerlandaises du jazz à Amsterdam.

100 ans et une expo

À l’occasion du centenaire de l’icône du jazz belge et dans le cadre de l’année Toots 2022, la Bibliothèque royale de Belgique (KBR) et le Musée des Instruments de Musique (MIM) organisent une exposition interactive mettant en lumière les multiples facettes du musicien.

La KBR a reçu les archives musicales, iconographiques et écrites de la Fondation Toots Thielemans et le MIM a reçu de nombreux instruments de musique ayant appartenu au « ketje des Marolles ». Ces reliques, en plus d’extraits musicaux, présenteront la virtuosité du musicien qui s’est approprié de nombreux sous-genres de jazz et toutes les célébrités avec qui il a travaillé. Le tout dans le cadre époustouflant du Palais de Charles qui, rénové en 2019, a conservé son style et son architecture du 18e siècle.

Toots 100. The Sound of a Belgian Legend. A unique immersive exhibition, full of music, unseen footage and anecdotes…

Posted by KBR on Monday, March 7, 2022

Né 1922 en plein coeur des Marolles, Toots Thielemans -de son vrai nom Jean-Baptiste Frédéric Isidore baron Thielemans- a commencé l’apprentissage de l’accordéon diatonique à l’âge de trois ans. C’est son père qui l’a poussé sur cette voie après avoir remarqué l’intérêt avec lequel il regardait l’accordéoniste qui venait jouer régulièrement jouer dans le café de la famille Thielemans. En 1929, il a acheté son premier harmonica et cet instrument l’aidera beaucoup à contrôler son asthme. En 1939, il commence des études de mathématiques à l’ULB, mais échoue dès sa première année. À cause de la guerre, les universités ferment, et le jeune Thielemans passe le plus clair de son temps à écouter du jazz et découvre des artistes comme Louis Armstrong et Fats Waller.

Après quelques essais à l’harmonica dans des clubs de jazz de Bruxelles, on lui conseille de se tourner vers la guitare. Il apprendra à en jouer en écoutant du Django Reinhardt. Dès 1945, il est engagé dans quelques petites formations et roule sa bosse. À la même époque, il décide de se donner un nom plus tape-à-l’oeil et choisit « Toots », en l’honneur de deux célèbres jazzmen de l’époque: Toots Mondello et Toots Camarata. En 1948, il fait un premier voyage aux États-Unis où il s’imprègne de la culture jazz américaine, mais ce n’est que 5 ans plus tard qu’il va décider d’y émigrer. C’est là-bas que sa légende s’est bâtie.

Jean-Baptiste
Jean-Baptiste « Toots » Thielemans et son harmonica. Photo prise vers 1948.© Metronome/Getty Images

Son premier grand succès a été Bluesette, en 1967. Il s’est forgé une réputation en jouant pour des bandes originales de films tels que Midnight Cowboy, Cinderella Liberty et Turks Fruit ou encore pour l’émission Sesame Street. Par la suite il a sifflé, gratté sa guitare et surtout joué de l’harmonica avec des légendes de la musique, jusqu’à devenir lui-même un grand parmi les grands. Il a partagé la scène et les studios avec Ella Fitzgerald, Quincy Jones, Billy Joel, Frank Sinatra, Ray Charles, Stevie Wonder, Sting ou encore le groupe belge Machiavel avant de s’éteindre le 22 août 2016, à l’âge de 94 ans.

Guillaume Picalausa

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