Avec son nouveau single Gabriel, Badi questionne l’homophobie dans les communautés religieuses

Laurent Hoebrechts
Laurent Hoebrechts Journaliste musique

Une semaine avant son nouvel album, le rappeur Badi sort le clip de son dernier single, Gabriel. Explications avec l’intéressé.

L’album arrive – Moyi sort le 14 avril prochain. Et le concert aussi – Badi sera à l’Ancienne Belgique, le 29 avril. En attendant son troisième album, le rappeur belgo-congolais publie déjà ce vendredi un nouveau single, Gabriel.

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Le précédent Troube-Fête, sorti en 2020, l’avait déjà confirmé : Badi aime bien mettre les pieds dans le plat, et ouvrir la discussion sur des sujets parfois sensibles. Cette fois, avec Gabriel, il passe par un groove afropop pour questionner la manière dont les religions ont toujours du mal à accepter l’homosexualité. Un sujet qui continue de faire l’actualité, comme on a pu voir encore récemment, avec l’annulation d’un concert de Bilal Hassani à Metz

Comment est né ce morceau Gabriel ?

Il a une histoire un peu particulière. On l’a quasi écrti à 6 mains. Je participais au spectacle Congo Eza, avec Lisette Lombé et Joëlle Sambi. Au départ, Joëlle est déjà fort impliquée dans toutes les questions afroqueer ; Lisette aussi, elle a écrit un texte qui s’appelle Mon fils est gay. Un jour, je leur raconte une histoire que j’ai vécue, petit. Quand j’allais à l’église, il y avait un « frère » qui était gay. Plus tard, je me souviens qu’on l’avait croisé dans la rue, en train de fumer. C’est là qu’on nous a expliqué qu’il est homosexuel, que c’était un péché. Quelques années plus tard, il est revenu à l’église, les gens disaient qu’il avait été « guéri ». Quand je raconte ça à Joëlle et Lisette, elles sont choquées, interpellées. Dans la foulée, Rosa (NdR : Gasquet), la metteuse en scène, me dit que ce serait pas mal d’en faire un texte. J’ai directement dit ok. On a dû prendre deux jours d’écriture, Joëlle et moi, en empruntant aussi une partie de Mon fils est gay . Et cela a donné Gabriel.

La production est signée Jillionaire. Elle sonne quasi comme de l’afropop. Pourquoi ce choix ?

D’habitude, je pars de la production et j’écris le texte dessus. Ici, cela a été l’inverse. J’avais ce texte d’un côté, et j’avais reçu ce track de l’autre. Je me suis dit que cela pouvait bien coller. J’aime beaucoup des artistes comme Burna Boy, Wizkid, etc. En fait, l’afropop est quasi la musique que j’écoute le plus en ce moment. Dans la production de Jillionaire, il y avait en plus ce saxophone qui me plaisait bien, qui amène une certaine sensualité. Cela permettait un contrepied avec la thématique très grave. C’est le mélange d’une musique populaire, d’un groove, et d’une histoire assez profonde.

As-tu des appréhensions par rapport à la réception de Gabriel ?

J’espère sincèrement que le morceau aura un maximum d’écho. En fait, j’ai déjà reçu beaucoup de réactions, c’est même le morceau qui cartonne le plus. Il a aussi créé des discussions. La semaine dernière, on a fait par exemple une session d’écoute auprès d’étudiants de l’UCLouvain. Ils m’avaient contacté pour un événement, et je leur ai proposé d’écouter l’album en avant-première. Ils étaient une trentaine d’étudiants, invités par le collectif Hakuna Matata qui rassemble des jeunes étudiants afro de l’UCLouvain. On a écouté, et discuté de l’album ensemble. A un moment, il y a eu un débat sur Gabriel. Quelqu’un avançait par exemple que l’homosexualité était un truc importé par les Blancs en Afrique. Une étudiante est intervenue pour expliquer que cela avait toujours existé. J’ai aussi répondu avec un exemple. Du temps encore du Zaïre, l’un de mes oncles avait un bar à Mbujimayi, là où ont aussi grandi mes parents. Dans ce bar, il y avait beaucoup d’hommes travestis, habillés en pagne, qui travaillaient ou venaient prendre un verre. Et cela ne posait pas de problème. Ce qui a changé entre-temps, c’est qu’en Afrique, comme en Occident d’ailleurs, on a assisté à une résurgence du religieux, qu’il soit catholique ou musulman. Gabriel, c’est aussi cette question-là : est-ce que tu dois choisir entre la foi et l’amour ? Après tout, Jésus disait bien « aimez-vous les uns les autres »... Donc pourquoi rejeter certains ? Mais je ne suis pas pasteur, je ne veux pas rentrer dans un débat religieux. J’ai juste envie de décloisonner. Comme j’ai pu le faire sur d’autres thématiques.

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