Nettoyage à sec

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Olivier Van Vaerenbergh
Olivier Van Vaerenbergh Journaliste livres & BD
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Il pleut sur François, comme il pleut sur sa ville. François, la cinquantaine usée, vit seul, rentre seul, et travaille seul la plupart du temps, à conduire depuis des années, sans la moindre augmentation, la petite camionnette de la blanchisserie qui l’emploie. Une petite vie triste, et mouillée pendant 150 pages, à peine éclairée par les bières qu’il va s’enfiler gentiment au bistrot, les numéros du loto qu’il joue depuis des lustres (toujours les mêmes) et surtout les sourires de Maryvonne, la tenancière du kiosque à journaux, et de sa fille Romy: il ne manquerait qu’une étincelle à ces trois-là pour soudain tout éblouir… Mais ça n’arrivera pas: François, au hasard d’une livraison, tombera sur quelques cadavres et un sac apparemment plein de billets de banques. Et François va faire les mauvais choix, dans ce deuxième opus à nouveau remarquable du Belge néerlandophone Joris Mertens, après le muet Béatrice, auréolé l’année dernière d’un prix Atomium. L’auteur s’autorise cette fois des dialogues, mais garde le cap du récit urbain, nostalgique et essentiellement atmosphérique, avec une succession de séquences silencieuses et d’errance dans la ville -Bruxelles, telle qu’elle devait être, sous la pluie, dans les années 80. Des demi-pages, pages ou doubles pages souvent superbes à travers le centre-ville d’une époque révolue, qui justifient à elles seules le grand format de l’album, et les choix audacieux du narrateur, qui attend près de 90 planches pour faire basculer son récit d’atmosphère dans le polar, cette fois vite emballé. Restent donc de grands moments d’ambiance essentiellement picturaux, qu’on imagine sur son mur autant que dans un album.

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De Joris Mertens, éditions Rue de Sèvres, 152 pages.

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