Alors que 2019 a sonné le début d'une nouvelle Drôle de Guerre, celle des plateformes de streaming, les parties en présence, Netflix, Amazon et Hulu sont montées en puissance en prévoyance de l'arrivée de Disney+ et Apple TV+. Ces dernières ont planté des graines en novembre et décembre qui promettent de donner de beaux fruits durant les mois à venir, le temps que le public les découvre encore. Disney+ a frappé un grand coup avec The Mandalorian, première série issue de l'univers Star Wars, un fan service total autour du chasseur de prime casqué et d'un baby Yoda trop mignon, qui réhabilite la série-feuilleton avec une intrigue bouclée par épisode. L'annonce d'un retour à un format boudé depuis les années 80-90? Netflix, de son côté, a fait très fort avec Dracula, une réflexion sanglante et ludique sur le pouvoir de la narration, et le Messie, dont l'onde de choc va très certainement se propager tout au long de la nouvelle année (lire notre interview de Mehdi Dehbi, l'acteur liégeois qui en est la star). Mais celle dont on parlera encore en 2020 sera à coup sûr The Morning Show, proposée par Apple TV+. Dans le sillage de #MeToo et des nécessaires prises de conscience qui secouent le monde médiatique, et coiffant au poteau The Loudest Voice de janvier (sur le scandale Roger Ailes/Fox News), la série observe le bouleversement d'une émission télé matinale très populaire, alors que son présentateur (Steve Carell) a été viré pour harcèlement sexuel. Reese Witherspoon assure mais Jennifer Aniston est la révélation de cette comédie superbement grinçante qui tape dans le mille et sort de nouveaux squelettes des placards.
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Alors que 2019 a sonné le début d'une nouvelle Drôle de Guerre, celle des plateformes de streaming, les parties en présence, Netflix, Amazon et Hulu sont montées en puissance en prévoyance de l'arrivée de Disney+ et Apple TV+. Ces dernières ont planté des graines en novembre et décembre qui promettent de donner de beaux fruits durant les mois à venir, le temps que le public les découvre encore. Disney+ a frappé un grand coup avec The Mandalorian, première série issue de l'univers Star Wars, un fan service total autour du chasseur de prime casqué et d'un baby Yoda trop mignon, qui réhabilite la série-feuilleton avec une intrigue bouclée par épisode. L'annonce d'un retour à un format boudé depuis les années 80-90? Netflix, de son côté, a fait très fort avec Dracula, une réflexion sanglante et ludique sur le pouvoir de la narration, et le Messie, dont l'onde de choc va très certainement se propager tout au long de la nouvelle année (lire notre interview de Mehdi Dehbi, l'acteur liégeois qui en est la star). Mais celle dont on parlera encore en 2020 sera à coup sûr The Morning Show, proposée par Apple TV+. Dans le sillage de #MeToo et des nécessaires prises de conscience qui secouent le monde médiatique, et coiffant au poteau The Loudest Voice de janvier (sur le scandale Roger Ailes/Fox News), la série observe le bouleversement d'une émission télé matinale très populaire, alors que son présentateur (Steve Carell) a été viré pour harcèlement sexuel. Reese Witherspoon assure mais Jennifer Aniston est la révélation de cette comédie superbement grinçante qui tape dans le mille et sort de nouveaux squelettes des placards. Parlons de Reese Witherspoon, justement. Celle qui a imposé son flair de productrice avec Big Little Lies enchaîne les projets télé, notamment dans l'énigmatique Little Fires Everywhere (lire ci-dessous). Si l'année passée a été celle du couronnement de Phoebe Waller-Bridge (Fleabag, Killing Eve), 2020 pourrait voir Witherspoon truster les podiums. La fantasque Britannique reste toutefois dans les parages puisque Vicky Jones (qui a mis en scène la version théâtre de Fleabag) est annoncée aux commandes de Run, comédie téméraire et sentimentale avec Merritt Wever (Unbelievable) et Waller-Bridge au générique. De quoi attiser notre curiosité. Celle-ci sera d'ailleurs singulièrement sollicitée par la profusion de propositions qui éclosent cette année. Chaque jour, de nouvelles annonces alléchantes chassent celles de la veille, surtout du côté de HBO, qui propose pas moins de 22 séries. Historiques, politiques, sociétales, provocantes, délirantes ou cathartiques, elles poussent toujours plus loin le concept de peak TV, ouvrent les portes de réflexions parfois douloureuses et de retrouvailles inespérées. La régularité des saisons de Curb Your Enthusiasm est aussi erratique que le comportement de son créateur, acteur et nombril principal, le génial Larry David. Démarrée en 2000, la série tonitruante et égotique du co-inventeur de Seinfeld a mis 17 années pour arriver à sa 9e saison. La 10e commence ce mois sur HBO, confirmant une information qui traînait sur toutes les langues depuis plus d'un an. Pour celles et ceux qui suivent le safari ombilical d'un Larry David jouant son propre rôle, affranchi de surmoi et prompt à s'aliéner son entourage, l'arrivée de cette 10e saison est un événement majeur, inespéré depuis deux ans. La plupart des actrices et acteurs vus dans la série et jouant leur propre rôle sont de retour, mais les retrouvailles seront probablement hautement pathogènes. Et irrésistibles. L'année ne manquera pas de personnages féminins forts et singuliers et cette adaptation du roman de Celeste Ng n'y sera sans doute pas pour rien. Portée par Kerry Washington (Django Unchained, Scandal) et une Reese Witherspoon décidément sur tous les fronts depuis deux ans, la minisérie porte le tison au coeur du sujet brûlant des privilèges: raciaux, économiques, de classe. Dans cette banlieue de Cleveland, en 1997, tout semble aller au mieux pour Elena (Witherspoon), son mari et leurs quatre enfants. L'arrivée de Mia (Washington), mère célibataire d'une jeune fille, artiste fantasque et lunaire, va inaugurer une série de frictions amenant au drame irréversible. On songe à Big Little Lies, Sharp Objects ou Bloodline pour la tension viscérale, mais le peu d'info filtrant jusqu'ici laisse encore rêveur. L'acteur et producteur Jordan Peele (Us) s'associe à J.J. Abrams pour adapter un roman signé Matt Ruff. Ils embarquent Jonathan Majors (du très beau When We Rise), dans le rôle d'Atticus Ross, fiston parti sur la piste de son père reclus, le trop rare Michael K. Williams (The Wire, Boardwalk Empire). Le récit s'incarne dans un road trip traversant l'Amérique des années 50, où la ségrégation raciale est toujours la règle, transformant très vite le périple en une course contre la mort. Série historique et de survie, Lovecraft Country, comme son titre l'indique, appuie sa réflexion en plongeant dans le fantastique, l'horreur et la science-fiction: la menace des suprématistes blancs, est doublée par celle de monstres terrifiants, tout droit sortis des pages écrites par l'auteur des Montagnes hallucinées. À peine sorti de La Quatrième Dimension, Jordan Peele, toujours lui, se retrouve derrière ce qui pourrait devenir l'un des ovni de 2020, quelque part entre Philip K. Dick et Alan Moore. Avec Al Pacino en meneur de revue, Hunters imagine la traque, dans le New York de 1977, d'anciens nazis tentant de rebooter le projet politique immonde de leur ex-employeur en un IVe Reich au pays de l'Oncle Sam. Une improbable troupe de vigilantes se lance à leur trousse pour avorter leurs plans génocidaires. Créée par un jeune scénariste presque inconnu, David Weil, produite par Peele, la série met depuis quelques semaines le public en transe avec son teaser éloquent: un discours de maître Al face à sa bande de padawans, trombinoscope bigarré de freaks, de sociopathes et de vengeurs même pas masqués. La nouvelle création du duo David Simon/Ed Burns (The Wire, Generation Kill) est une adaptation du roman éponyme de Philip Roth. Ressorti de l'abbaye du Nom de la rose, John Turturro rejoint Winona Ryder (Stranger Things), Zoe Kazan (The Deuce) et Morgan Spector (Suits) dans ce célèbre récit dystopique qui imagine l'aviateur Charles Lindbergh, connu pour ses sympathies envers le régime nazi, ravir la présidence américaine en 1941. Décidément infatigable, Simon poursuit son oeuvre critique de l'Amérique contemporaine, ici directement par le prisme littéraire. Cette rencontre au sommet entre un maestro du storytelling ethnographique et un des plus brillants écrivains modernes aiguise les attentes et ouvre bien des promesses. Verdict ce printemps sur HBO et dans la foulée sur Be TV. Paolo Sorrentino (La Grande Bellezza) avait, avec The Young Pope, réussi un tour de force télévisuel, esthétique et politique: en imaginant un Vatican dirigé par un pape absolument disruptif, ultra-conservateur et égotique, Pie XIII (Jude Law), il illustrait le danger d'un pouvoir exercé sans contrainte. La suite reprend le flambeau alors que le souverain pontife, dans le coma à l'issue de la première saison, doit être remplacé. Le choix se porte sur un cardinal britannique riche et désoeuvré (un sidérant John Malkovich arborant un eyeliner félin), qui prend le nom de Jean-Paul III. Alors que le fidèle entourage du premier espère son réveil, le second prend son nouveau rôle avec un coeur qui bouscule les attentes et les convenances. Jusqu'à la rencontre et le schisme inévitable? La Saint-Valentin sera une date propice à la première diffusion US de cette nouvelle adaptation du roman de Nick Hornby. Il s'agirait plutôt d'une mouture aussi surprenante qu'opportune de celle qu'avait livrée John Cusack en 2000. Le pitch est singulièrement le même, mais en spectre inversé: Zoë Kravitz y interprète Rob Brooks, taulière d'un magasin de disques hipster de Brooklyn qui, entre plusieurs considérations érudites sur la musique, ses employés et les "top cinq" qu'ils se lancent quotidiennement en défi, se voit forcée de faire le point sur sa vie sentimentale. Comme dans le livre original et son adaptation cinéma, l'impact de nos ex y sera-t-il aussi grand que celui des disques qui ont sillonné nos vies? Diffusée depuis le 7 janvier sur Be TV, Our Boys (lire notre interview du créateur Hagai Levi) a déjà fait énormément parler d'elle en Israël et en Palestine, théâtre de cette sombre tragédie politique. Il y a fort à parier qu'à l'heure du bilan, la série se sera imposée comme l'un des monuments de l'année 2020. Au départ, une étincelle qui a remis le feu aux poudres dans la bande de Gaza: le rapt et l'exécution de trois ados israéliens par des membres du Hamas en 2014, suivie, en mesure de rétorsion, par l'exécution sauvage d'un jeune Palestinien. Dans un jeu de dominos sobre et minutieux, Hagai Levi (The Affair et Be Tipul, adaptée sous le titre In Treatment), Joseph Cedar et Tawfik Abu-Wael prennent à bras-le-corps toute la complexité de la situation qui infecte le Proche-Orient, suivent patiemment les noeuds, questionnent les idées établies et mettent à plat bien des évidences.