De l'Écosse à Beauvais en France, plusieurs entreprises européennes enrôlent des petits troupeaux d'oies en guise d'alarme. Capable de pincer littéralement d'éventuels voleurs, l'oie est de fait un animal très territorial, ce qui explique ses attaques contre l'homme. Son agressivité n'est donc pas due à un caractère méchant de nature, contrairement à ce que laisse croire Untitled Goose Game. Se glissant derrière le bec d'un volatile bien décidé à gâcher la journée d'un paisible village britannique, ce jeu de réflexion et d'infiltration alimente cette fausse croyance populaire. Mais il ne s'affirme p...

De l'Écosse à Beauvais en France, plusieurs entreprises européennes enrôlent des petits troupeaux d'oies en guise d'alarme. Capable de pincer littéralement d'éventuels voleurs, l'oie est de fait un animal très territorial, ce qui explique ses attaques contre l'homme. Son agressivité n'est donc pas due à un caractère méchant de nature, contrairement à ce que laisse croire Untitled Goose Game. Se glissant derrière le bec d'un volatile bien décidé à gâcher la journée d'un paisible village britannique, ce jeu de réflexion et d'infiltration alimente cette fausse croyance populaire. Mais il ne s'affirme pas moins comme une excellente surprise indé. Push Me Pull You, le précédent jeu des Australiens de House House jouait d'un contraste magistral: ses graphismes tout en pastels y jetaient dans des arènes des frères siamois humains en forme de ver de terre. Ce Human Centipede (le film) au pays de Oui-Oui joue un peu de la même dichotomie qu' Untitled Goose Game. Terrifier un enfant dont on vient d'intervertir les lunettes avec une autre monture, taper sur un gong au bon moment pour effrayer un bricoleur qui finira par se blesser avec un marteau: l'oie loin d'être blanche cultive des idées noires dans un univers 3D et low poly aux couleurs ultra douces, très (voir trop) en vogue dans l' indie gaming. D'un potager à une petite brocante, Untitled Goose Game aligne des zones dont l'accès est verrouillé par la réalisation d'objectifs clairement listés. L'oie y attrape une foule d'objets et interagit avec des éléments du décors via un bec surmontant un cou basculant vers l'avant. Également capable de battre des ailes et de cacarder pour attirer l'attention (ou simplement le plaisir), cet animal délicieusement insupportable se prend facilement en main. Arroser un jardinier ou amener une femme à décorer le volatile d'un noeud papillon demande toutefois un apprentissage par l'erreur. Mais aussi une bonne observation des routines de chaque personnage. Untitled Goose Game déroule d'ailleurs plusieurs passages en mode infiltration. On y vole souvent des objets ou on interagit avec le décor, en se cachant par exemple sous une table pour attendre le bon moment. Sa large palette d'actions demandera entre autres de séquestrer une vendeuse dans un garage ou de pénétrer dans un magasin d'électronique pour passer sur les télés de sa vitrine. Fous rires garantis. Salué par Mark Hoppus (le frontman de Blink-182) et affichant des ventes étonnantes (elles dépassaient récemment celles de The Legend of Zelda: Link's Awakening sous nos tropiques), Untitled Goose Game s'impose d'ailleurs comme un jeu indé à la portée mondiale. Car il se vit comme un film muet à la Buster Keaton. Le piano de Debussy -une variation de ses Préludes- s'emballe en effet au fil des méfaits de l'oie, les humains s'y plaignent par gestes, un comique de situation universel s'installe. Séance enfants, ados et parents admis, donc.