Elles arrivent avec une demi-heure de retard, faute à la circulation et à un couac promo. Que dire sinon: "Moi qui pensais que les Suissesses et les Allemandes arrivaient toujours à l'heure!" Sourires et franches poignées de mains: Boy vient de passer le premier test anti-formatage. Et il y a peut-être de quoi en caler quelques autres dans une histoire ayant certaines rondeurs du bobo consensuel. On vise d'abord le contenu musical des deux disques, des morceaux lisses comme des bilboquets, qui rêvent leurs harmonies à voix haute et claire. Celle de Valeska Steiner (29 ans), y rajoute une pointe d'angélisme consenti et mène une dream pop débitaire de parfums américains. Un peu comme si Simon and Garfunkel, changeant de sexe et d'âge, revenaient en toute innocence mélancolique dans les années 2000 avec le même désir de folk-rock sublimé. D'autant plus récuré par les qualités mélodiques que celles-ci sont prises en charge par Sonja Glass (38 ans), brunette multi-instrumentiste ayant derrière elle des années de violoncelle et de classique. La cure d'apparent romantisme -on reviendra sur le terme- semble d'autant plus crédible qu'au physique, Valeska et Sonja tr...

Elles arrivent avec une demi-heure de retard, faute à la circulation et à un couac promo. Que dire sinon: "Moi qui pensais que les Suissesses et les Allemandes arrivaient toujours à l'heure!" Sourires et franches poignées de mains: Boy vient de passer le premier test anti-formatage. Et il y a peut-être de quoi en caler quelques autres dans une histoire ayant certaines rondeurs du bobo consensuel. On vise d'abord le contenu musical des deux disques, des morceaux lisses comme des bilboquets, qui rêvent leurs harmonies à voix haute et claire. Celle de Valeska Steiner (29 ans), y rajoute une pointe d'angélisme consenti et mène une dream pop débitaire de parfums américains. Un peu comme si Simon and Garfunkel, changeant de sexe et d'âge, revenaient en toute innocence mélancolique dans les années 2000 avec le même désir de folk-rock sublimé. D'autant plus récuré par les qualités mélodiques que celles-ci sont prises en charge par Sonja Glass (38 ans), brunette multi-instrumentiste ayant derrière elle des années de violoncelle et de classique. La cure d'apparent romantisme -on reviendra sur le terme- semble d'autant plus crédible qu'au physique, Valeska et Sonja traînent des graines d'adolescence dans une allure plutôt nature. Chevelures tout juste domptées, chemisiers sans manières, jeans et boots: une composante du succès, le premier album Mutual Friends, paru il y a quatre ans, ayant créé dans son sillon un intérêt du Japon aux Etats-Unis. En Allemagne où les deux filles vivent -à Hambourg-, il est disque d'or et Boy remplit des salles généreuses, parfois de 3 ou 4000 personnes. Le deuxième album, We Were Here, sorti il y a quelques semaines, va donner une probable rallonge au succès via des titres comme Hit My Heart ou Into the Wild, refrains entêtants qui possèdent cette qualité rare de donner l'impression tronquée d'avoir toujours existé.Le syndrome Bach-Beatles. Les deux filles se croisent en 2005 à la Hochschule für Musik und Theaterde Hambourg, et Boy démarre deux années plus tard. Au fond, pourquoi ne pas chanter en allemand, comme le patron du label Grönland ayant signé le duo, Herbert Grönemeyer, superstar des pays germaniques? Valeska: "Ma langue maternelle est l'allemand de suisse, très spécifique, un dialecte que Sonja ne comprend pas, nous sommes donc passées à l'anglais pour tenter une carrière internationale. En Suisse, on grandit aussi avec la télévision allemande, ce qui rend les choses encore plus proches. Mais quand j'étais serveuse à Hambourg, j'étais surprise par le ton direct des clients alors que les Suisses restent... diplomates. Au fur et à mesure, Sonja et moi avons découvert que le fait d'être suissesse ou allemande comportait sans doute plus de différences que nous ne le pensions." Sonja: "Quand on est au Japon, de là-bas, la Suisse et l'Allemagne peuvent paraître comme identiques, mais il existe des différences. Je suis extrêmement directe avec Valeska, mais étant du sud de l'Allemagne, je relativise (sourire)". Mettant d'emblée en avant l'amitié qui les lie, Sonja pointe que sur chaque album, "non seulement chaque chanson fait l'objet de "discussions" intenses, mais chaque note passe aussi par un échange, parfois très chaud. J'écris les musiques et Valeska les textes, ce qui n'empêche pas les tensions parce qu'on est très difficiles dans nos choix ultimes. Chacune est extrêmement persistante dans la défense de ses options." Pour construire une "cellule" -au sens biologique- apte à apaiser les menaces de séismes "qui ne vont quand même pas jusqu'à l'affrontement physique", les filles ont enregistré leurs deux disques dans des lieux isolés -entre autres en Italie et dans la campagne allemande pour celui-ci, seulement rejointes par un producteur diplomate, le Berlinois Philipp Steinke. Ce dernier et Sonja jouent du Juno 60, synthé analogique polyphonique des années 80, aujourd'hui revenu à la mode. Il donne aux neuf plages un supplément de texture et une dose de tectonique, ces gravitations qui empêchent la sonorité de Boy d'être juste un merveilleux pet soyeux sur une toile cirée. Venant toutes deux de la classe moyenne, biberonnées au classique, elles l'ont été aussi à toute la panoplie pop romantique des Cat Stevens, Leonard Cohen et La Callas (Sonja) alors que la musique latino du père d'origine mexicaine de Valeska complète une discothèque familiale qui compte aussi Grateful Dead et Carole King. Aujourd'hui, le spectre s'est élargi à Bon Iver et Beach House pour le "mur du son si chaud et personnel" dixit Sonja qui précise d'emblée: "Notre musique n'est pas seulement faite d'harmonies douces, nous ne sommes pas seulement un duo charmant, ça me fout en pétard d'entendre cela! Nos apparences sont trompeuses: même si nous nous considérons comme des personnes positives, on ne veut plus entendre qu'on fait de la "happy sweet music". C'est terriblement ennuyeux. C'est peut-être une question purement féminine: dans ce business, les femmes semblent devoir choisir entre "gentilles" et "bitches"." En attendant un prochain album qui fasse taire les clichés, Boy séduit une audience féminine, même "si la balance entre hommes et femmes a tendance à de plus en plus s'équilibrer". Sur We Were Here, Hotel parle de la route parcourue par le duo depuis 2011, mais c'est un autre titre qui investit le champ plus personnel des relations entre Sonja et Valeska. Duo? Amies? Amantes? Elles entretiennent elles-mêmes le mystère. Valeska: "La chanson New York établit comment, si on est avec la bonne personne, on peut trouver l'inspiration, et ce, peu importe le lieu." Pour les détails spécifiques, prière de lire le texte qui se termine par ces phrases: "And the truth is, I was sleeping/Dreaming away 'til I forgot/That wherever we are/Where it's happening/Come my wild horse and pick me up."BOY, WE WERE HERE, DISTRIBUÉ PAR V2 RECORDS. RENCONTRE ET PHOTO Philippe Cornet