Kleber Mendonça Filho, on l'avait rencontré à l'époque d'Aquarius arborant un T-shirt de Cannibal Holocaust, manière de signifier son attachement au cinéma de genre. Trois ans plus tard, et quoique ayant adopté le veston entre-temps, le réalisateur brésilien reste fidèle à ses premières amours, Bacurau, coréalisé avec Juliano Dornelles, revisitant le film de genre(s), le western en particulier, comme pour mieux radiographier la réalité brésilienne, en une démarche ludique et politique à la fois n'étant pas sans rappeler celle de Bong Joon-ho dans Parasite. "Nous aimons le cinéma de genre, relève le cinéaste. Si l'on observe l'Histoire du cinéma brésilien, il s'est surtout construit sur le réalisme social, ce qui est d'ailleurs fort bien. Ma génération de cinéastes est sans doute la première à n'avoir pas été nourrie des oeuvres de Rossellini ou des néo-réalistes italiens, qui ont influencé les grands films brésiliens des années 60 et le cinéma novo. J'ai eu la chance de grandir en allant voir, dans les salles de Recife, les films de Steven Spielberg, Joe Dante ou Brian De Palma. Je suis sincèrement heureux d'avoir bénéficié d'une telle opportunité. Il est donc naturel que les films que je tourne aujourd'hui, tout en étant incontestablement brésiliens, aient aussi un parfum différent. Le mélange des genres nous est venu spontanément, tant à l'écriture que lors de nos discussions sur les options à considérer pour le tournage. Nous avons pris une décision importante, même si certains spectateurs ne s'en rendront peut-être pas compte, ou alors de façon subliminale, à savoir le recours à des objectifs anamorphiques Panavision vieux de 50 ans. Ils donnent au film un look vaguement hollywoodien, ce qui génère une tension curieuse, dès lors qu'il s'agit d'un film brésilien tourné sur place. Ça nous semblait intéressant, parce que la plupart des films, aujourd'hui, se ressemblent, à cause de la technologie digitale."
...