Critique | Cinéma

[le film de la semaine] L’Événement, récit d’émancipation au féminin à voir absolument

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Jean-François Pluijgers
Jean-François Pluijgers Journaliste cinéma

Adapté du roman autobiographique éponyme d’Annie Ernaux, L’Événement, le deuxième long métrage de l’écrivaine-cinéaste Audrey Diwan, plonge le spectateur dans la province française au milieu des années 60.

C’est là que l’on découvre une jeune fille de condition modeste, Anne (Anamaria Vartolomei), étudiante en lettres à Angoulême à qui un médecin vient confirmer ce qu’elle redoutait, à savoir qu’elle est enceinte. Et qui, refusant de se plier à un destin de fille-mère, et bien décidée à poursuivre ses études, va choisir d’avorter, se heurtant à l’interdit légal -la loi Veil encadrant la dépénalisation de l’avortement n’interviendra qu’en 1975- comme à un environnement hostile. Pour se lancer, sans personne à qui se confier, dans une course contre la montre rythmée par le décompte inexorable des semaines, son avenir semblant devoir lui échapper, quand bien même elle refuse de se résigner face à « une maladie qui ne frappe que les femmes et les transforme en femmes au foyer« .

Il y a de la Rosetta chez Anne, cette jeune femme engagée dans un combat opiniâtre pour disposer de son corps et de son avenir, qu’Anamaria Vartolomei habite avec une exceptionnelle intensité et qu’Audrey Diwan éclaire d’une lumière crue. De même qu’Annie Ernaux précisait avoir dû parfois en écrivant « résister au lyrisme de la colère ou de la douleur« , la réalisatrice opte pour une relation aussi sèche que frontale de L’Événement. Adoptant le point de vue exclusif de son héroïne, elle signe un récit tendu, une oeuvre dure et glaçante se jouant du carcan du film à thèse pour se révéler expérience immersive suffocante et secouante. Manière aussi de transcender les limites de la reconstitution historique pour tendre à l’intemporel, et à une résonance contemporaine que l’actualité se charge trop souvent de rappeler. Aussi urgent que puissant, ce récit d’émancipation au féminin est à voir absolument.

Drame. D’Audrey Diwan. Avec Anamaria Vartolomei, Luàna Bajrami, Louise Orry-Diquéro. 1h40. Sortie: 02/02. ***

Lire aussi notre interview d’Audrey Diwan et notre portrait d’Annie Ernaux.

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