Critique | Cinéma

Le film de la semaine : Il buco, au bord du gouffre

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© National
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Titre - Il buco

Genre - Drame

Réalisateur-trice - Michelangelo Frammartino

Casting - Paolo Cossi, Jacopo Elia, Denise Trombin

Durée - 1h33

Jean-François Pluijgers
Jean-François Pluijgers Journaliste cinéma

Au départ d’une expédition spéléologique en Calabre, en 1961, Michelangelo Frammartino livre une réflexion profonde sur le sens de l’existence.

Trois longs métrages en 20 ans: Michelangelo Frammartino a adopté ce temps lent que célèbrent ses films. Après Il dono en 2003 et Le quattro volte sept ans plus tard, voici donc Il buco, situé comme ses prédécesseurs dans une Calabre sur laquelle le réalisateur porte un regard contemplatif, auscultant le rapport des hommes à leur environnement dans une geste cinématographique dénuée de paroles, comme pour mieux tendre à l’essentiel.

Il buco se situe à l’orée des années 60, lorsque les jeunes du Groupe spéléologique piémontais de Turin décident de quitter le nord de l’Italie, et son essor économique, pour gagner l’arrière-pays calabrais du massif du Pollino et explorer le gouffre de Bifurto. Et le film, tourné avec des non-professionnels, de reconstituer l’expédition, l’arrivée des membres du groupe et l’installation de leur campement dans les alpages dans un premier temps, qu’il rapporte à la vie d’un village semblant figé dans une époque différente, sinon un autre monde. Un lieu dont l’existence est rythmée par la messe, les visites occasionnelles du médecin itinérant et les veillées réunissant les habitants devant un unique téléviseur disposé sur un muret à côté du bar, les montagnes l’encerclant battues par les vents, résonnant de l’appel occasionnel de pâtres occupant un refuge. Horizon d’une souveraine beauté, à peine troublé par l’arrivée de ces spéléologues dont le récit retrace minutieusement l’avancée, jaugeant la profondeur de l’abîme à l’aide de journaux transformés en torches avant de progresser dans les entrailles de la Terre pour établir la topographie des lieux -le troisième gouffre le plus profond recensé dans le monde à l’époque, comme il s’avèrera.

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La confrontation de deux temps

Avec cette plongée dans l’inconnu, c’est surtout à la mesure de la marche du monde que s’attelle Frammartino, qui oppose un temps immuable à un autre, accéléré. Confrontation que résume limpidement la diffusion, par la télévision, d’un reportage sur la construction de la tour Pirelli, à Milan, dont l’empilement des étages ne semble pas émouvoir outre mesure les villageois. Deux mondes à part, entre lesquels les spéléologues tiendraient lieu de passerelle, leur expédition, dans sa gratuité même, résonnant comme un retour aux sources. Hypothétique mais pas vain, le réalisateur questionnant aussi leur démarche, dans ce qui est encore une réflexion sensible sur le sens de l’existence, les cycles de la vie et le rapport de l’homme à l’infini du cosmos. Le tout, épousant les contours d’un tour de force de mise en scène, incursion dans les profondeurs magnifiée par la photographie de Renato Berta.

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