Critique | Cinéma

Critique ciné : Tori et Lokita, un conte politique

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© National
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Titre - Tori et Lokita

Genre - Drame

Réalisateur-trice - Luc et Jean-Pierre Dardenne

Casting - Joely Mbundu, Pablo Schils

Durée - 1h28

Avec Tori et Lokita, Luc et Jean-Pierre Dardenne livrent une œuvre coup de poing, un cri de colère contre le sort réservé aux enfants de l’exil.

Lokita, 16 ans, a fui le Bénin pour rejoindre la Belgique. Mais qu’a-t-elle fui exactement? Cette vie qu’elle a laissée derrière elle, ses repères, ses espoirs, ces risques qu’elle a courus et auxquels elle a survécu lui suffisent-ils pour obtenir un titre de séjour? Non, pas aujourd’hui, pas en Belgique, pas en Europe. Alors Lokita cherche le récit qui lui permettra de rester, d’espérer une vie nouvelle. Elle se raccroche à Tori, un jeune garçon avec lequel elle a partagé les chemins de l’exil, chassé de chez lui car soupçonné de sorcellerie. Un enfant abandonné avec lequel elle développe une relation fraternelle, sorte de refuge aussi bien pour affronter le présent que pour envisager l’avenir.

Les deux enfants élaborent une fiction (trop) naïve nourrie de leurs sentiments l’un pour l’autre qui leur permettra de continuer leur route ensemble, pour s’écrire un avenir, un futur modeste. Sauf que rien n’est simple. Le récit imaginé par Tori et Lokita s’écorne quand cette dernière est soumise aux interrogatoires de l’Office des Étrangers. Et l’argent sera vite englouti par le remboursement des dettes, et les promesses de don faites à la famille restée au pays. Seuls contre tous, Tori et Lokita explorent toutes les voies possibles pour payer leur dû, et rester ensemble.

Les deux jeunes acteurs inconnus Pablo Schils et Joely Mbundu sont tout à la fois Tori et Lokita, les deux héros de la fiction des Dardenne, et tous les enfants, toutes les jeunes femmes, tous les exilés et toutes les migrantes. Ils sont celles et ceux que l’on tait, que l’on ignore, que l’on cache. Celles et ceux dont le rêve d’une vie nouvelle dérange.

Les cinéastes reviennent avec ce film à leurs fondamentaux, livrant un récit redoutablement épuré qui met en lumière deux enfants laissés pour compte, victimes sacrificielles d’un parcours de migration, victimes d’avoir rêvé un ailleurs et une vie meilleure. Un cinéma au plus près de ces deux personnages, épousant leurs mouvements, la fuite permanente de Tori, et la résistance de Lokita. Un cinéma du geste, de peu de ressorts narratifs mais tendu à l’extrême, 88 minutes d’une intensité dramatique qui tient à quelques regards, à une chanson, et à un art consommé de la fin. Une fin terrassante, qui vient revendiquer la portée politique du film, l’engagement des réalisateurs quand il s’agit de questionner notre rapport aux autres. Le film finit comme un cri, un appel, un plaidoyer fictionnel pour revoir nos politiques migratoires, et (r)éveiller nos consciences. Tori et Lokita imprime les mémoires, s’impose comme un conte dramatique, une parabole, un thriller humain et sociétal sur les injustices fondamentales, économiques, sociales, raciales qui sont au cœur de notre présent.

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