Critique | BD

La BD de la semaine: Faut faire le million

4,5 / 5

Gilles Rochier, éditions 6 Pieds sous Terre

Faut faire le million

96 pages

4,5 / 5
Olivier Van Vaerenbergh
Olivier Van Vaerenbergh Journaliste livres & BD

Et puis, il y a ce nouveau truc, là… De vouloir être seul… maintenant. Moi qui ai passé ma vie à marcher en équipe, me déplacer en groupe. Avoir son gars sûr constamment à ses côtés. Eh bien maintenant, j’aspire à être seul. Bordel.” Depuis 2002 et Envrac, Gilles Rochier raconte et fictionne son quartier comme personne. Un quartier de béton, de codes et de déclassés qu’il aime et parcourt en tous sens, avec une profondeur rarement atteinte et une humanité qui déborde plus encore que sa colère. Mais cette fois, pour ce quatrième récit après les incontournables TMLP et La Petite Couronne, Gilles rentre dans le dur. Un quotidien trop quotidien, une ambiance en France et dans les quartiers désormais délétère, un copain d’enfance qu’on retrouve flingué dans une poubelle… C’est sans doute trop pour un seul homme, désormais incapable, croit-il, de faire face. “Je raconte parce que je ne veux pas louper ça”, explique l’auteur de ce livre formidable et souvent bouleversant. Ses bichromies, son trait et sa typo faussement fragiles, comme lui, et son extraordinaire sens du dialogue font à nouveau merveille, dans un registre cette fois nettement plus tragique et sombre que ses précédents opus. À l’image sans doute de ce qu’est devenue la France, en particulier dans ces quartiers-là et pour cette génération-là. “Il a pas l’air bien quand même”, se demande un pote. “Ça va lui passer”, répond un autre. D’ici là, Gilles Rochier restera malgré tout égal à lui-même malgré ses crises d’angoisse intimes et ses remises en question: “Tout pour le crew.

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