Une note d’espoir dans une année pourrie: le soutien inconditionnel à la création

L'exposition de Titus Kaphar dans l'église du Gesù, une des initiatives qui prouvent que le secteur continue de soutenir coûte que coûte la création. © TITUS KAPHAR / COURTESY MARUANI MERCIER GALLERY
Michel Verlinden
Michel Verlinden Journaliste

Musées et galeries ont choisi de faire le gros dos face aux incertitudes de la situation actuelle. Heureusement, plusieurs initiatives témoignent d’un soutien inconditionnel à la création.

À Bruxelles et à Charleroi, deux institutions, pourtant radicalement différentes en termes de programmations, à savoir les Musées Royaux des Beaux-arts de Belgique et le BPS22, ont envoyé un message similaire fort en choisissant de donner à voir le contenu de leurs collections pour cette fin d’année. Une stratégie prudente donc (les coûts de production d’une nouvelle exposition grèveraient les budgets) qui s’explique par le manque de visibilité actuel. « Les modèles mis en place cette année vont, je pense, nous servir au moins jusqu’à la rentrée 2021 », confie Pierre-Olivier Rollin.

Le directeur du BPS22 croit fermement que les formats culturels vont changer. Les perdants de cette nouvelle donne? La modalité « festival » concentrant beaucoup de gens en un temps très court, c’est-à-dire les foires internationales (ainsi de l’annulation de l’édition 2020 de la Fiac), voire les journées professionnelles de la Biennale de Venise. Autant de blockbusters qui donnaient le ton de tout un secteur. Il reste que Rollin ne s’inquiète pas pour les musées. « Le BPS a refusé de demander des subsides supplémentaires à l’Etat, nous fonctionnons certes de manière réduite avec moins de dépenses, ce qui nous empêche de plonger dans le rouge. Il est évident pour nous que ce sont les artistes qui doivent être aidés en priorité », note le conservateur.

Risque d’une scène léthargique

Côté galeries, entre la multiplication des initiatives en ligne et l’énergie déployée pour maintenir les liens avec les collectionneurs, pas de quoi s’alarmer. Il reste que le risque qui se profile est celui d’une scène léthargique coincée entre le déjà-vu et les valeurs sûres qui rassurent un marché frileux. La bonne nouvelle, c’est que plusieurs projets ont témoigné d’une volonté d’éviter ce grand sommeil en soutenant la nouveauté à bout de bras. On pense à The Agprognostic Temple, un dispositif éphémère installé à Bruxelles dans lequel la vente est moins importante que la cohérence du concept et la visibilité offerte aux artistes. Même esprit pour Laurent Mercier et Serge Maruani, galeristes par ailleurs, qui ont déniché un lieu d’exception, une église désacralisée (celle du Gesù, à Bruxelles), pour épouser au plus juste le propos de Titus Kaphar, plasticien connu pour sa propension à examiner les non-dits de l’histoire de l’art. On pense également à Elie Schönfeld, collectionneur belgo- israélien qui s’apprêtait à consacrer un accrochage, avant que le reconfinement ne s’en mêle, à cinq artistes originaires de Tel-Aviv, talents qui selon lui doivent être impérativement reconnectés au reste du monde.

Le défi: il faut sauver la scène émergente

Le marché, les musées, les galeries… Toutes ces structures établies ne subiront pas la crise sanitaire actuelle avec autant d’intensité que les jeunes artistes qui sont en première ligne. Cette scène émergente risque de pâtir copieusement de la situation en raison de projets d’expositions reportés à un, voire deux ans. Face à tant d’adversité, le découragement gagnera forcément du terrain. Le risque ? Des vocations étouffées dans l’oeuf. Le constat est d’autant plus terrible que ce sont ces jeunes artistes-là qui, tels des sismographes, ont enregistré la secousse morale et symbolique engendrée par la pandémie. Qui, si eux ne le font pas, nous permettra de comprendre, de donner à voir et à (res)sentir, ce que nous sommes en train de vivre ?

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