Critique théâtre: Eline et les garçons

La Ville des zizis d'Eline Schumacher © Juul Dekker
Estelle Spoto
Estelle Spoto Journaliste

Ah, les hommes entre eux! Dans La Ville des zizis, Eline Schumacher offre un regard par le trou de la serrure sur les stéréotypes des mecs en bande. Les mâles s’y reconnaîtront, les femmes apprécieront.

Le spectacle est né d’une inquiétude: « mon père n’ayant pas d’amis, serais-je seule à son enterrement? », s’est demandé la jeune auteure et metteuse en scène Eline Schumacher (découverte avec Manger des épinards c’est bien, conduire une voiture c’est mieux). Alors, ces amis, elle les lui a en quelque sorte inventés, en réunissant un groupe de comédiens de différentes générations, et en commençant par les envoyer tous ensemble à la mer, en voiture.

C’est d’ailleurs par une tentative désordonnée de retracer ce road-trip que commence La Ville des zizis, à l’avant-scène, devant un rideau de plastique chatoyant. Ils six, en costume noir, pour la plupart avec une mince cravate, façon Reservoir Dogs. Il y aura bien d’autres références cinématographiques dans ce melting-pot un peu dingue explorant les clichés des groupes de mecs. À commencer par Il était une fois dans l’Ouest, le premier film adulte que le père d’Eline a vu, d’abord raconté avec de fausses larmes aux yeux et d’hilarante façon, avant que la légendaire bande-son d’Ennio Morricone ne soit entamée en choeur masculin.

Tour à tour footballeurs, trappeurs avides de barbaque au barbecue, soldats, Indiens, chevaliers, Marseillais misogynes en maillot de bain (« toutes des salopes, sauf maman »), dragueurs se refilant les meilleures stratégies d’approche, Léonard Cornevin, Adrien Drumel, Thierry Hellin, Lucas Meister, Jean-Baptiste Polge et Michel Villée ne reculent devant rien -aucune acrobatie sur plan incliné, aucune blague potache, aucun accoutrement, aucune chorégraphie- pour passer en revue les comportements des hommes entre eux. Interrompus de temps à autre par les questions et remarques de leur metteuse en scène présente dans la salle, ils laissent aussi place à la conversation de cette dernière avec son papa Michiel, diffusée en extraits par un radiocassette omniprésent.

Avant tout hommage au père, La Ville des zizis est un six men show délirant où, sous le regard d’une femme, la testostérone suinte à flots à une époque de remise en question des assertions viriles. On recommande!

La Ville des zizis: jusqu’au 30 novembre à la Maison Folie à Mons, les 4 et 5 décembre à la Maison de la Culture de Tournai, du 11 au 15 décembre au Théâtre les Tanneurs à Bruxelles.

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