Critique

[Critique ciné] Transit, réflexion inspirée sur l’exil et l’errance

Jean-François Pluijgers
Jean-François Pluijgers Journaliste cinéma

DRAME | Il émane de Transit, le nouveau film de Christian Petzold (Barbara, Phoenix), un sentiment aussi intense que troublant, auquel n’est bien sûr pas étranger le fait que le réalisateur allemand ait choisi, en quelque collision des époques, de situer dans le Marseille d’aujourd’hui une histoire se déroulant en 1940, et ravivant les heures sombres de l’occupation allemande en France.

[Critique ciné] Transit, réflexion inspirée sur l'exil et l'errance

C’est précisément pour fuir l’avancée des troupes nazies que Georg (Franz Rogowski), un réfugié allemand, rejoint, comme beaucoup d’autres, la cité phocéenne, avec l’intention d’embarquer pour le Mexique. Afin de faciliter son entreprise, le jeune homme a fait main basse sur les papiers d’un écrivain mort, usurpant son identité. Deux rencontres plus tard -Driss (Lilien Batman), le fils d’un ami disparu lui aussi, et Marie (Paula Beer), l’ex-femme du romancier, attendant désespérément celui qu’elle aime-, voilà pourtant sa détermination entamée, qui cède bientôt la place à une dérive incertaine…

Il n’est pas rare que le cinéma s’empare du passé pour mieux parler du présent. La proposition trouve dans Transit une traduction littérale, donnant à cette adaptation du roman éponyme d’Anna Seghers un tour résolument fascinant, en plus de sa qualité intemporelle. Peuplé de fantômes, le film de Christian Petzold est une réflexion inspirée sur les thèmes de l’exil et de l’errance. Mais si elle est manifeste, la résonance de l’oeuvre avec l’actualité n’est jamais écrasante, le cinéaste laissant le romanesque s’introduire dans son dispositif esthétique et narratif, dans le sillage d’une voix off commentant les faits en subtil décalage. À quoi l’épatant Franz Rogowski (vu notamment dans Happy End de Michael Haneke) apporte une dimension romantique idoine, laissant le spectateur suspendu à son jeu fiévreux, en prise intime sur l’incertitude du monde…

De Christian Petzold. Avec Frank Rogowski, Paula Beer, Godehard Giese. 1h41. Sortie: 17/10. ****

>> Lire également notre interview de Christian Petzold.

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