Critique

[critique ciné] The Batman fleure le bon le réalisme des films noirs des années 50

© Jonathan Olley
Philippe Manche Journaliste

Faisant fi d’effets spéciaux, The Batman fleure bon le réalisme des films noirs des années 50 et rappelle Zodiac, le classique de David Fincher.

Les optiques d’une paire de jumelles balaient la façade d’une imposante demeure d’un quartier résidentiel de Gotham City et finissent pas se stabiliser sur les fenêtres du premier étage, sur fond d’Ave Maria de Schubert. C’est le jour d’Halloween. Un enfant déguisé frappe un adulte avec ce qui semble être une épée. Ce dernier, le père du gamin, s’effondre, se relève illico, serre l’enfant dans ses bras et regagne l’étage supérieur du domicile. Dans son bureau, il scrute, perplexe et contrarié, les sondages électoraux. Alors que l’atmosphère se fait plus lourde, oppressante, soudain se fait entendre la respiration haletante d’un intrus, qui va s’acharner sur le père dans un déferlement inouï de violence. Il s’avère que la victime de cette attaque est le maire de Gotham City. Ensuite, comme dans les films noirs des années 50 (The Big Heat de Fritz Lang en tête ou même Shutter Island de Scorsese pour son atmosphère), les flics – le commissaire Gordon (Jeffrey Wright succédant à Gary Oldman) et sa clique – déboulent. Dans un coin de la pièce figure le célèbre homme chauve-souris, venu en « soutien logistique ».

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Macabre jeu de piste

Robert Pattinson compose un (super-)héros tout en introspection. Zoë Kravitz, troublante Catwoman qui ne laisse pas Batman indifférent, et Colin Farrell, méconnaissable en Pingouin, sont tout aussi convaincants. L’intrigue – Gotham City est une fois de plus au bord du chaos- est un macabre jeu de piste à la Zodiac menée par l’Homme-Mystère (Paul Dano) qui dessoude tantôt un homme politique, tantôt un juge corrompu jusqu’à la moelle, avec un sens du spectacle et de la perversion digne des plus grands rivaux de Batman. Ce nouvel épisode confronte le personnage créé par Bob Kane à des secrets de famille qui vont non seulement le hanter mais surtout continuer à entretenir, nourrir et cultiver sa vengeance. Et puis, sans crier gare, le film bascule dans sa dernière ligne droite vers quelque chose de totalement inattendu et inédit qui évoque frontalement l’une des blessures récentes de l’Amérique du XXIe siècle…

The Batman se démarque de ses prédécesseurs par une approche plus intimiste que gothique, une mise en scène au plus près de ses protagonistes privilégiant tantôt les plans rapprochés, tantôt les plans-séquences. Matt Reeves aime prendre son temps et ce n’est pas plus mal, proposant au final un vrai film d’auteur.

The Batman

Policier/action. De Matt Reeves, avec Robert Pattinson, Zoë Kravitz, Paul Dano. 2H57. Sortie: 02/03. ***(*)

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