Anish Kapoor acquiert le monopole du « noir le plus noir »

Anish Kapoor © Reuters
FocusVif.be Rédaction en ligne

Un artiste peut-il « acheter une couleur »? Le sculpteur britannique Anish Kapoor s’est en tout cas vu accorder le droit exclusif d’utiliser le « Vantablack », noir d’une grande pureté, par la société qui le produit.

Et ce monopole du studio Kapoor sur cette teinte plus noire que noire, du fait de sa capacité à absorber 99,96% de la lumière, irrite une partie de la communauté artistique au Royaume-Uni.

NanoSystems, qui a développé le produit en 2014, explique sur son site que « Vantablack n’est généralement pas fait pour une utilisation artistique à cause du processus de fabrication ».

« C’est pourquoi nous avons décidé d’accorder les droits exclusifs du Vantablack S-VIS aux studios Kapoor afin d’en explorer son utilisation artistique », poursuit la société installée dans le sud de l’Angleterre.

Cette exclusivité a fait bondir plusieurs figures du monde artistique britannique, dont le peintre Christian Furr, qui projetait d’utiliser du « Vantablack » pour une série de tableaux.

« C’est la première fois que j’entends parler d’un artiste qui possèderait le monopole sur un matériau », a-t-il déclaré au Daily Mail.

Interrogé sur l’émotion suscitée, un porte-parole de Nanosytems a répondu: « C’est un débat qui concerne la communauté artistique, nous on ne veut pas rentrer là-dedans. Nous sommes des scientifiques ».

Destiné à l’origine à l’industrie spatiale ou à camoufler des avions de combats furtifs, le « Vantablack », composée d’une multitude de nanotubes de carbone microscopiques, a rapidement intéressé les artistes, dont Anish Kapoor.

« Le matériau est si noir que votre oeil ne peut pratiquement pas le voir. Il a une sorte de qualité irréelle et j’ai toujours été attiré par des matériaux exotiques à cause des réactions qu’ils suscitent en vous », avait déclaré le plasticien dès l’année dernière à la BBC.

Appliquée sur une surface, la matière est si noire qu’elle semble effacer les reliefs et les aspérités, se rapprochant de l’idée d’un trou noir dans l’univers, selon ses concepteurs.

« Tous les grands artistes ont eu une fascination pour le noir pur: Turner, Manet, Goya. Ce noir est comme de la dynamite dans le monde de l’art », a expliqué Christian Furr, avant de marteler: « Nous devrions être en mesure de l’utiliser. Ce n’est pas bien qu’il appartienne à un seul homme ».

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