Critique

[à la télé ce soir] The Gilded Age

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Nicolas Bogaerts Journaliste

Débauché par HBO, Julian Fellowes, le créateur de Downton Abbey, installe dans le New York des années 1880 une nouvelle fiction historique, un portrait faussement élogieux d’une classe de possédants dont les membres se regardent en chiens de faïence, se hissent les uns sur les autres ou s’entredévorent.

The Gilded Age fait référence à l’époque du boom économique survenu aux États-Unis après la fin de la guerre de Sécession, au coeur d’une révolution industrielle qui, étendue à l’échelle d’un continent, a propulsé au pinacle une nouvelle caste de puissants, Rockefeller, JP Morgan, Guggenheim, Carnegie et les autres. Sous forme de querelle des Anciens et des Modernes, la série observe le clash entre l’antique aristocratie new-yorkaise, héritière des premiers arrivants, propriétaires terriens, gardiens de l’ordre et de la hiérarchie sociale, et ces nouveaux riches imposant les signes extérieurs de leur opulence et leurs manières peu amènes. Des moulures et teintures luxuriantes ornant les salons aux cuisines et aux appartements de leurs gens de maison, l’écosystème de ces demeures cossues est, dans The Gilded Age, le théâtre d’une tragi-comédie humaine qui ne révèle pas toujours les meilleurs instincts.

Au croisement de la 61e Rue et de la 5e Avenue, le magnat des chemins de fer George Russell (Morgan Spector) et sa femme Bertha (Carrie Coon) ont construit un manoir qui projette son ombre sur le trottoir d’en face, où vit Agnes Van Rhijn (Christine Baranski) et sa soeur Ada (Cynthia Nixon), issues d’une très ancienne lignée de colons. Malgré son esthétique somptueuse et ses reconstitutions proprettes, The Gilded Age ne se contente pas d’un « bourgeois gaze », un point de vue de classe privilégiée. George Russell signe son arrivée par un coup particulièrement retors, digne d’un redoutable prédateur, un parfait JR du XIXe siècle. Par son traitement et son découpage The Gilded Age ressemblerait à s’y méprendre à un Dallas ou un Dynasty en crêpon et rouflaquettes, si la dimension critique n’y était portée par des personnages outrepassant leur statut d’archétypes. Louisa Jacobson (la fille de Meryl Streep, tant qu’on parle d’héritage) incarne Marian, nièce désargentée des Van Rhijn, jeune Candide corsetée par les codes de son nouveau monde. Denée Benton est Peggy Scott, aspirante écrivaine afro-américaine, protégée des Van Rijhn, qui tente de déjouer les déterminismes de sa condition et d’une famille toxique. Elles sont un îlot d’humanisme dans un marigot d’intérêts particuliers, incarnés par un casting aussi somptueux que pléthorique. Au final, dans un faux style de saga classique, The Gilded Age épluche les ressors de la domination par l’ostentation, montre la nature sauvage, implacable du capitalisme, de ses scandales, de ses intrigues et de son narcissisme par ruissellement.

Série créée par Julian Fellowes. Avec Carrie Coon, Christine Baranski, Cynthia Nixon. ****

Jeudi 27/01, 20h30, Be 1.

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