Critique | Apple TV

[la série de la semaine] Severance, sur Apple TV+: enfer corporate

La nouvelle création originale d’Apple TV+ était très attendue. Sorte dethriller dystopique en entreprise, Severance ne déçoit pas.

Si certains dirigeants d’entreprises incitent au corporatisme jusqu’au barbecue dominical entre voisins, dans Severance, ceux de Lumon Industries prônent le contraire. À la suite d’une opération chirurgicale, le cerveau de leurs employés est divisé entre travail et vie privée. Une fois chez eux, ils n’ont aucun souvenir de leur journée de travail. De même, au bureau, ils ne savent rien de ce qui se passe à la maison. Dans l’une des plus belles scènes de cette première saison, on peut d’ailleurs entendre, en guise de bande-son, Paul Anka chanter fort à propos: « And suddenly it’s hard to find/ The memories you left behind/ Remember, do you remember? » (« Et soudain ils sont difficiles à retrouver / Ces souvenirs que tu as laissés derrière toi / Souviens-toi, t’en souviens-tu? »).

En vérité, les « innies » (les personnages lorsqu’ils sont au travail) ne savent pas non plus ce que produit l’entreprise et ne parviennent à s’y déplacer qu’à l’aide de plans peu légaux. On suit ici plus particulièrement Mark S. (Adam Scott), jeune veuf, promu chef du département « d’affinement des macro-datas ». Son ex-collègue Petey, disparu de l’entreprise sans crier gare, se présente alors au Mark « de la maison », ce dernier qui se demandant qui est cet homme… « Remember, do you remember? » Et si ce rebondissement, conjugué à l’arrivée d’une nouvelle employée, Helly, permettait à Mark et ses collègues d’ouvrir les yeux sur l’absurdité du fonctionnement de Lumon, et de découvrir ce qui se passe réellement derrière les murs de l’imposant édifice d’architecture mi-futuriste, mi-soviétique période ex-URSS leur tenant lieu de locaux…

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Suspense dans l’open space

Ben Stiller est non pas devant mais derrière la caméra pour six des neufs épisodes, pour une mise en scène -disons-le- kubrickienne! Des plans géométriquement parfaits, de longs travellings dans d’interminables et labyrinthiques couloirs blancs… On se croirait parfois vraiment dans 2001: l’Odyssée de l’espace.

Le show débute lentement, on prend le temps de se familiariser avec l’atmosphère de régime totalitaire de Lumon Industries. L’époque est volontairement indéterminée: les décors sont avant-gardistes, mais les téléphones cellulaires, à clapets. Le staff dirigeant entretient l’illusion d’une ambiance bon enfant, à coups d’exercices de team building futiles, de célébrations feintes et de serrages de main et d’étreintes « disponible(s) sur demande », tout en sévissant de manière exemplaire en cas de « faute » (gare à la « break room« ). Puis, le rythme s’accélère, l’intrigue, vite passionnante et addictive, ouvrant frénétiquement de nouveaux tiroirs dans lesquels on plonge volontiers. Avec ses faux airs de sosie de Tom Cruise, Adam Scott parviendra-t-il à enfin découvrir ce à quoi diable ils sont payés, à sauver ses collègues (dont John Turturro et Christopher Walken, formidables). « Will they remembeeeeeeer? » On prendra des jours de récup’, s’il le faut, mais on sera là pour la plus que probable saison 2.

Severance

Une série créée par Dan Erickson. Avec Adam Scott, Britt Lower, John Turturro. Disponible sur Apple TV+ à partir du 18/02. ****

[la série de la semaine] Severance, sur Apple TV+: enfer corporate

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