[critique scènes] La compagnie Still Life sort les scalpels

Flesh © Hubert Amiel
Estelle Spoto
Estelle Spoto Journaliste

Misant toujours sur la puissance du non verbal, la compagnie Still Life compile dans Flesh quatre scènes courtes où il est question de chair vraie et fausse, de vie et de mort. Un rien inégal mais drôlement bien tapé.

Voilà un spectacle typiquement post-Covid, qui n’aurait jamais existé tel quel sans la crise sanitaire. Mais Flesh ne fait pas que décortiquer l’absence de liens et les nouvelles routines de décontamination insufflées par la pandémie. Ce spectacle associant quatre courtes histoires indépendantes met habilement le doigt dans plusieurs plaies contemporaines, du culte généralisé du paraître à l’avidité sans frein en passant par la fuite en avant dans les réalités virtuelles.

Ils sont quatre – Sophie Linsmaux, Aurelio Mergola (les deux chevilles ouvrières de la compagnie Still Life), Muriel Legrand et Jonas Wertz- à se partager les rôles dans cet exercice délicat qui consiste à raconter sans recourir (ou quasiment pas) aux mots, en faisant confiance aux possibilités du langage du corps et des expressions faciales mais aussi à la force évocatrice de la musique (l’Adagio d’Albinoni, par exemple). Avec pour résultat de savoureux numéros d’acteurs, dont une exquise relecture sans décor du Titanic de James Cameron.

Dans ces piquantes chroniques des moeurs humaines au XXIe siècle, le réel dévoile dans une boîte à surprise (épatante scénographie d’Aurélie Laroche) son hilarante absurdité. Il se pare parfois de fantastique pour souligner le trait, notamment dans un final grand-guignolesque à souhait.

Hippocampe
Hippocampe© Anna Solomin

Dans la série aux Tanneurs, la soirée se poursuit avec un autre spectacle: Hippocampe, le cabaret queer orchestré par Lylybeth Merle. Un show drôle, délicat et sensuel où s’invitent Catherine Le Forestier, Rihanna et l’incontournable Mylène Farmer, avec des muscles détachables, des chiens qui parlent et un arbre trop kawaii. Cette prometteuse forme courte sera développée en forme longue, présentée la saison prochaine au Varia.

Flesh: jusqu’au 26 février au Théâtre les Tanneurs à Bruxelles (en soirée composée avec Hippocampe), www.lestanneurs.be; le 8 mars au Centre culturel de Huy, www.centrecultureldehuy.be

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