Opinion

Laurent Raphaël

L’édito: Bas les masques

Laurent Raphaël Rédacteur en chef Focus

La crise sanitaire laissera des traces. Le monde d’après aura quelques dents en moins, un nez de travers et des cicatrices un peu partout sur le visage.

Entre autres effets, à côté de la polarisation exacerbée des opinions, la pandémie aura révélé le vrai visage d’un système cynique qui, contrairement à ce qu’il aimerait faire croire pour soigner les apparences, se fout royalement de la morale, de la beauté, de la transcendance et sans doute aussi de la démocratie. Sa seule véritable préoccupation: sauver et protéger les intérêts économiques et financiers, et par ricochet les actionnaires qui tirent les ficelles du Muppet Show. Que Zuckerberg tente de nous faire croire qu’il agit pour le bien de l’humanité, c’est une chose, il suit son plan de com mégalo, mais que les politiques se transforment en VRP du capitalisme numérique sauvage, dont les excès creusent paradoxalement la tombe de l’État de droit, en est une autre.

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Comment expliquer sinon le mépris affiché envers le personnel médical et le monde culturel? Dans un système équilibré, raisonné et soucieux du bien-être, les premiers auraient dû logiquement devenir des héros pour avoir sauvé des vies. Et l’argent aurait dû affluer pour remplumer au plus vite ce secteur vital. À la place, on a continué à fermer des lits dans les hôpitaux et à déshumaniser la prise en charge du patient, toujours dans une logique de rentabilité que quatre vagues meurtrières n’ont pas réussi à ébranler. Preuve que domine toujours le sentiment que le non-marchand coûte plus cher qu’il ne rapporte, ses bienfaits étant non quantifiables. En caricaturant, un sac Vuitton a aujourd’hui plus de valeur, marchande mais aussi symbolique, que les soins d’une infirmière à un malade. Étrange, non?

Pour le monde des arts et des lettres aussi, les douches froides se succèdent. Après de timides déclarations d’amour au début de la crise, les masques tombent. La culture est réduite à une variable d’ajustement sanitaire. Les partis au pouvoir n’argumentent même plus quand ils limitent sans distinction à 200 personnes la jauge de salles de spectacle qui pourraient en accueillir cinq ou dix fois plus, les condamnant de fait à fermer leurs portes. Au drame social s’ajoute une question éthique qui nous concerne tous, et pourrait bien plonger l’avenir dans l’obscurité: en traitant la culture avec cette désinvolture, on discrédite sa valeur aux yeux de l’opinion et on facilite le travail des populistes qui assimilent volontiers les artistes aux élites à abattre. Plus grave encore, on se passe du seul traitement contre la tumeur du mensonge qui gangrène les réseaux sociaux. Car ce n’est pas sur les forums haineux en ligne qu’on fait l’expérience de la complexité du monde ou qu’on affûte son esprit critique, mais bien dans les théâtres, les musées, les livres et les cinémas.

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Des choix de société à prendre en compte au moment de passer commande au Père (ou à la Mère) Noël cette année. Offrir un objet qui a du sens, qui fait le pari de l’émotion ET de l’intelligence, c’est une manière de résister au vide et à la vulgarité. En panne d’idées? Pas de panique. Fiez-vous à notre sélection de cadeaux à prix doux.

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