Poutine, putain, on est quand même tous des Européens!

© REUTERS
Serge Coosemans
Serge Coosemans Chroniqueur

Une semaine de sidération fébrile à suivre les fils d’actu sur Internet et à les commenter entre amis et followers plus tard, ce Crash Test S07E25 a décidé d’oublier tout le stress et de ne retenir de l’expérience que le plus grotesque et le plus trivial. Un peu mis en scène, histoire de ne quand même pas davantage encore plomber l’ambiance. Un Snul-kit pré-Troisième Guerre mondiale, en somme…

Attention, achtung, disclaimer: cette chronique n’entend en rien minimiser les enjeux et les menaces nés de l’invasion russe en Ukraine. J’ai choisi ici un angle voulu léger et, je l’espère, de nature à faire sourire et même rire; zappant à dessein les analyses plus graves et les pensées plus sombres. La semaine écoulée n’a pourtant pas été fort joyeuse, bien que beaucoup des idioties qui suivent ont réellement été proférées sur les réseaux sociaux et/ou en privé. Je les ai collectées et éventuellement réécrites ou améliorées afin de les faire entrer dans un texte suivi et rythmé. On va donc dire que c’est entièrement vrai mais à 70% seulement.

En 52 ans de vie, je dois cela dit bien admettre n’avoir JAMAIS perçu autant d’anxiété autour de moi. L’éventualité d’une guerre entre l’OTAN et les Russes et de frappes nucléaires, y compris sur Bruxelles, siège de l’UE, de l’OTAN et de Swift, fait vraiment flipper beaucoup de mes amis et connaissances que j’ai pourtant connus bien davantage blindés et cyniques à d’autres moments tendus de l’histoire contemporaine. Ce n’est pas mon cas, du moins pour le moment. Sans doute parce que je n’ai pas d’enfants et que je n’ai pas subi la pandémie d’une façon particulièrement éprouvante et ayant affaibli ma résistance au stress. En fait, moi, cette semaine, j’ai surtout rechuté dans l’addiction aux fils d’info. Ce high, ce rush. J’en reparlerai probablement dans une future chronique voulue plus sérieuse que celle-ci. En attendant, place à la gaudriole!

Voici le résumé d’une semaine sur les réseaux sociaux à dire des bêtises au temps de la menace d’une guerre totale:

Code jaune devant, marron derrière. Haha, les antivax qui se précipitent dans les pharmacies pour choper des pastilles d’iode. On devrait en faire avec de l’ARN Messenger anti-Covid dedans, tiens, ça accélérerait encore plus la sortie de la pandémie. Au fait, savais-tu, pom pom pom, qu’il n’existe probablement qu’un seul film au monde ayant pour thème la Troisième Guerre mondiale où les armes nucléaires ne sont jamais évoquées? C’est Le Toubib, avec Alain Delon et Véronique Jeannot. Qui a fait l’amour avec la mer, tsoin tsoin. Non, je n’ai aucune envie de le revoir. Par contre, pour se détendre, rien de tel qu’une compilation des morts d’Alain Delon au cinéma. C’est qu’il est souvent pire que Marion Cotillard au moment de claquer dans des films, le Père Delon. Partir, vous aussi? Partir où? T’irais où si ça dérape? Le Portugal semble safe. J’aime pas le Portugal cela dit, les pires vacances de ma vie. Ils parlent beaucoup trop haut et gavent tout le monde avec leurs mandolines qui pleurent. Par contre, pas de conneries vegan au Portugal. Les steaks, ils les servent par deux. Et Lisbonne, c’est trop pentu pour les trottinettes, si je me souviens bien. Les joints sont aussi en vente libre là-bas, non? Okay pour le Portugal alors mais le mieux, c’est encore les bois, fissa. Le Trou des Nutons à Tilff. Tant qu’à penser à la survie, il faut se préparer un sac à dos rempli de boîtes de cassoulet, de confit de canard et de quelques bonnes bouteilles. C’est important de garder le moral en temps de guerre et rien de tel que le confit de canard avec deux jattes de Talisker dans le Trou des Nutons pour garder la stamina haute. Mais faut foncer alors, hein, parce que c’est tout petit, le Trou des Nutons. S’agira pas de respecter les feux rouges durant les bombardements! Ça ne sera pas la foule comme à l’ouverture d’un nouveau Primark mais on ne sera sans doute pas non plus les seuls à y penser. Autant être les premiers sur le coup, dès lors! Sinon, il y a bien Remouchamps. C’est plus grand mais c’est plein de chauves-souris. Mauvais plan, quoi. Faudrait quand même pas se choper un nouveau Covid en tentant d’échapper aux Russes.

Et Nina Kraviz? On sait ce que Tomorrowland va faire de Nina Kraviz? Se la jouer House Nation en mode peace & love ou la virer de la programmation parce que russe? Ça serait nul mais dans une université italienne, ils ont déjà essayé de censurer un cours sur Dostoïevski, pourtant décédé en 1881, soit 119 ans avant l’accession de Poutine au pouvoir. Ils voulaient éviter « toute forme de polémique dans ce moment de forte tension« . Or, si boycotter les géants littéraires morts est déjà sur la table, faut bien se dire que ça doit aussi être plutôt chaud pour les DJ’s russes bien vivantes! Justement, vu qu’on cause musique… Les Ukrainiens ont posté sur Internet une chanson à la gloire du Bayraktar TB2, une catégorie de drones de combat fournis par les Turcs et qui serait responsable d’énormément de dégâts sur les convois russes. Fin de la semaine dernière, cette chanson a tourné à mort sur les réseaux et si j’estime normal que des belligérants se réjouissent des victoires sur l’ennemi, je dois quand même bien avouer avoir ressenti un énorme malaise devant ce clip et les réactions délirantes qu’il a suscitées. Ce n’est pas dans mes habitudes d’utiliser le terme « malaisant » mais cette propagande chantée et son succès social est vraiment totalement « malaisante » et d’autant plus « malaisante » qu’il faut tout de même bien se dire qu’il y a 15 jours, ce qui passait surtout pour « malaisant » était Angèle assise sur sa gaufre géante. Autrement dit, en une grosse semaine, dans le top du « malaisant », on est passé d’une saltimbanque linkebeekoise sous autotune qui ânonne ses couillonnades sur Bruxelles visiblement sponsorisée en douce par Vigaufra à une chanson de propagande sadique qui fait des rimes pauvres sur la joie de transformer des charts d’assaut russes et leurs équipages en carcasses fumantes.

Quelques crans en dessous dans la « malaisance » mais quand même toujours proche du top, j’ai également depuis l’invasion repéré cette titraille d’un article sinon plutôt anodin paru sur le site féministe Madmoizelle, et présentant Volodymyr Zelensky, le président ukrainien, comme le « nouvel Internet boyfriend« , objet « d’une hype » que l’article entend expliquer. Le tout illustré par une photo de Zelensky agrémentée de petits coeurs multicolores. Non, je ne déconne pas. Ça existe vraiment. Et ça n’a toujours pas été retiré du site malgré des critiques assez véhémentes. Si l’OTAN devait pleinement entrer dans ce conflit, on est donc en droit d’attendre de Madmoizelle un autre article illustré cette fois par une photo de Jens Stoltenberg, secrétaire général de l’alliance militaire, avec des oreilles de tigre fâché et les yeux qui lancent des lasers. Moins malaisant mais plus nawak encore, La Maison de la Poutine, lieu parisien dédié à ce plat québécois que l’on peut trouver, au choix, sympathiquement roboratif ou tout simplement immonde, la poutine donc, a reçu via les réseaux sociaux nombre de menaces et d’insultes suite à la guerre. Le mélange de frites, de cheddar caillé en grains et de sauce dont on préfère ne rien savoir n’a pourtant bien entendu aucun rapport avec le président de la Fédération russe mais c’est comme ça en 2022: Jean-Michel Apeupré a toujours le feu qui marche avec lui. Autre folie des temps modernes, drôlement plus stressante que drôle et néanmoins 200% WTF, celle-là: saviez-vous que l’assaut de la centrale nucléaire Zaporizhzhia par l’armée russe a été entièrement filmé par les caméras de surveillance du site, durant plus de quatre heures. Et que c’est maintenant sur YouTube! Un peu difficile, dès lors, de nier qu’elle a eu lieu mais le pouvoir russe prétend tout de même n’avoir pas tiré le moindre coup de feu durant cette intervention. Perso, je n’ai plus menti aussi mal depuis que j’ai prétendu avoir oublié d’acheter des chips pour l’apéro alors que j’avais tout bouffé sur le chemin du rencart. Poutine, putain, on est quand même tous des Européens!

Partner Content