Christine Ott, profession: ondiste

Il n'existe qu'une vingtaine d'interprètes d'ondes Martenot dans le monde et la Française Christine Ott, est l'une d'entre eux. © DOMINIQUE LEROUX
Philippe Cornet
Philippe Cornet Journaliste musique

Virtuose des ondes Martenot, la Française Christine Ott a joué avec Radiohead, Tindersticks ou encore Dominique A. Elle épice aussi le récent beau disque de Benjamin Schoos.

Ses sons évoquent une fourmilière de drones, les rêveries léthargiques d’un synthé modulaire ou encore son vieux frère jumeau qu’est le thérémine. Parmi mille variations, par exemple, celle d’imiter le mouvement des fontaines, comme ce fut le cas à l’Exposition Universelle de 1937, une petite décennie après sa présentation à l’Opéra de Paris. Ou d’interpréter les compositeurs aventureux Darius Milhaud ou Olivier Messiaen. S’inscrivant dans des musiques de films, de séries, dans les orchestrations de Brel, Piaf, Ferrat ou Ferré. Jusqu’à la génération rock actuelle, comme Radiohead qui, pour une émission spéciale de Canal+, engage six ondistes en live, dont Miss Ott.

« Ondes Martenot: instrument électronique construit par Maurice Martenot (1890-1980). Ces ondes sont mélangées de façon à produire une oscillation: elles sont ensuite amplifiées et le son émis par un haut-parleur. » Voilà comment Médecine des Arts (sic) définit cet instrument qui, dans sa version contemporaine simplifiée, se présente comme un clavier garni d’un ruban parallèle, le « fil », qui autorise les glissandi, et une « touche d’expression » qui gère le volume sonore, du pianissimo au fortissimo. Sans oublier le haut-parleur de diffusion et un tiroir avec différents timbres pour travailler le son.

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« Ça me dépasse quand les gens disent que c’est un instrument qui se manipule tout seul, qu’il est inutile de prendre des cours, que c’est l’effet qui prime et non pas la musique. C’est loin d’être le cas. En tout cas lorsque je pense à mes sept d’années d’apprentissage, sept heures par jour, notamment au conservatoire. » Depuis son domicile strasbourgeois, Christine Ott (née en 1963) parle de l’amour musical de sa vie: les ondes Martenot. Mais par où commencer dans ce qui constitue un impressionnant parcours multiple? De l’éducation classique échevelée à Yann Tiersen, jusqu’au Sérésien Benjamin Schoos, dont Christine honore le nouvel album The Love Note. À propos duquel on écrivait le 9 décembre dans Focus qu’il s’insérait « quelque part entre les zones Brian Eno, Satie, Sakamoto et des effluves de Sébastien Tellier« . Christine Ott y ondule, y ondine, y survole et nourrit la matière. « J’ai l’impression d’être une fourmi travailleuse (elle rigole). Je connais Benjamin de longue date par le biais de Renaud Lhoest (décédé en 2014), arrangeur de talent notamment pour Venus. Ça doit dater d’une vingtaine d’années, à peu près. Benjamin m’a recontactée il n’y a pas longtemps pour travailler sur un film de fiction -qui doit encore sortir- et puis la proposition de jouer sur The Love Note est venue. J’ai pu bénéficier d’une énorme liberté créative, de façon naturelle même si -malheureusement- réalisée à distance. » Le résultat final est peut-être le meilleur album du patron de Freaksville Records. Où les (bonnes) ondes abondent, ajoutant une touche cosmique aux vertèbres mélodiques acidulées.

Christine Ott, profession: ondiste

Voix humaine

Diplômée des conservatoires de Strasbourg et de Paris, Christine Ott décroche donc, brillamment, des prix d’instrument et de musique de chambre. Les ondes Martenot, elle les étudie longuement: « Martenot n’était pas seulement un facteur d’instruments, mais aussi un musicien. Les critiques de l’avant-Seconde Guerre mondiale avaient mis en avant la façon dont les ondes pouvaient enrichir les orchestrations, y amener d’autres couleurs. Les gens parlent beaucoup de l’aspect électronique de l’instrument, mais pour moi, il amène d’abord quelque chose de sensoriel, sensuel et charnel. C’est une voix humaine. »

Voix posée par Christine dans une quarantaine de projets externes: chez Yann Tiersen au fil d’un très long partenariat en scène comme en disque, notamment sur le carton international Le Fabuleux Destin d’Amélie Poulain. Des B.O. pour Claire Denis avec Stuart Staples (Tindersticks) ou encore une collaboration avec les déjà mentionnés Radiohead. Parce que chez les Oxfordiens, Jonny Greenwood s’incarne dans les ondes Martenot, comme ultime fantasme instrumental. Ceci dit, c’est bien connu, la rareté fait le prix. Rareté des ondistes pros reconnus, à peine une vingtaine dans le monde. Et de l’instrument: « Il y a peu d’exemplaires originaux, explique Christine, même s’il en existe d’authentiques, de première génération sous l’égide de Martenot. Ceux construits entre la fin des années 1920 et les années 80. Des collectionneurs vont mettre 80.000 euros pour un instrument qui va sans doute mourir de ne pas être employé. Et puis il y a les prototypes actuels, construits par trois facteurs, autour de 15.000 euros sans les diffuseurs. Jean-Loup Dierstein, établi à Paris, reproduit l’original à l’identique, avec bien sûr les évolutions et les améliorations par rapport aux composants électroniques modernes. »

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Les deux autres fabricants sont un Canadien qui propose l’Ondéa, machine que Christine a beaucoup utilisé avec Yann Tiersen au début des années 2000. Et un troisième larron, japonais, qui a fabriqué une version light de l’instru, l’Ondomo. Offert par son créateur à Christine, signe d’une reconnaissance internationale dépassant les collaborations. Parce que l’instrumentiste est aussi pianiste et compositrice. Elle nous parle de ses projets plus intimes, notamment avec les labels belges Consouling et Icarus, et de l’album avec son trio Theodore Wild Ride. Disque étonnant écoutable sur Spotify, tout comme la disco perso de Christine. Sa dernière livraison datée de 2021, Time to Die, brouille toutes les pistes sonores, entre paysages métalliques, sentiments d’intériorité et incongruités facondes. Christine: « Malgré toutes les innovations dues à la technologie du dernier demi-siècle, si les ondes Martenot survivent, c’est parce qu’elles ont une richesse, de l’enveloppe sonore, du grain, capable de bruit blanc comme de craquements, avec une étendue inouïe des possibilités.« 

Christine Ott, Time to Die, distribué par Gizeh Records.

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