Michel Verlinden
Michel Verlinden Journaliste

Kinsey parade – Dave Kinsey s’expose pour la seconde fois chez Alice Gallery. Deux ans plus tard, on mesure la fulgurante évolution de cet artiste venu du graffiti.

Par Dave Kinsey, chez Alice Gallery, 182 rue Antoine Dansaert, à Bruxelles. Du 20/09 au 25/10.

Skateboard, stencils, bombes, trottoirs, macadam… Pas de doute, Kinsey est né dans la rue. Pas au sens propre, bien sûr. Non, c’est en tant qu’artiste qu’il a le bitume pour placenta. Les pavés pour matrice. Né à Pittsburgh en 1971, c’est à Los Angeles qu’il va se révéler. Il commence sa carrière avec Shepard Fairey – aka Obey The Giant, cet autre street artiste qui s’est fait connaître pour ses affiches placardées à travers la ville. Ensemble, ils vont développer une communication virale qui prend un malin plaisir à infecter les périmètres urbains. Alors qu’Obey The Giant signe des placards au graphisme simple mais puissant, Kinsey va coller des affiches représentant des visages de Portoricains au c£ur même des quartiers où ceux-ci habitent. Il aime ça Kinsey, les questions d’identité. De nous mettre face à ce que nous sommes. D’autant plus qu’en fin observateur du monde moderne, rien ne lui échappe.

Repéré par différentes marques – DC Shoes dont il signe l’excellent logo mais aussi Pepsi, Levi’s… – pour sa facilité à propager une identité visuelle, Kinsey va rapidement accroître sa notoriété via l’agence qu’il crée avec Fairey. Une compromission avec le grand capital qui va lui permettre de se développer et surtout de se consacrer à son travail à plein temps. La reconnaissance culmine avec des £uvres exposées dans plusieurs musées américains ainsi que par une expo à la Lazarides Gallery, la galerie londonienne où a été exposé le travail de Banksy. Avec sa femme, il ouvre BLK/MRKT – Black Markt -, une galerie d’art à Los Angeles qui va servir de tremplin à d’autres street artistes.

Le travail exposé à travers cette seconde expo bruxelloise bluffe. L’évolution de Kinsey est impressionnante. Elle confirme la réussite avec laquelle il est passé de la rue aux galeries. Pour preuve, il livre aujourd’hui des toiles puissantes. Le trait s’est affiné, même si à certains moments il se mêle encore avec de vraies traces épaisses pour un contraste expressif. Les motifs eux aussi ont changé. La présence de chiens l’emmène vers d’autres horizons graphiques. Le tout au vitriol de touches de couleur incendiaires. Même si l’on reconnaît à droite et à gauche des traits qui évoquent les spraycans si chers à la street culture, il est évident qu’il s’affranchit des limites du genre. C’est justement tout ce qui est intéressant chez Kinsey: cette rupture avec des racines graphiques que pourtant il ne désavoue pas complètement. On sent un artiste à une période créative charnière. De celles dont l’£il a beaucoup de mal à se détacher. Si David Kinsey est bien né dans la rue, peu de chance qu’il y finisse.

www.alicebxl.com

Michel Verlinden

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