Louis Danvers
Louis Danvers Journaliste cinéma

La double vie de Sylvia – Guillermo Arriaga passe derrière la caméra et livre un récit palpitant où des destins à priori sans corrélation se croisent et se télescopent.

De Guillermo Arriaga. Avec Charlize Theron, Kim Basinger, Jennifer Lawrence. 1 h 48. Sortie le 11/03

Guillermo Arriaga est ce scénariste qu’ont fait découvrir les très beaux et prenants films d’Alejandro Gonzalez Inarritu. Amores Perros (2000), 21 Grams (2002) et Babel (2005) nous ont habitué à sa méthode particulière, faite de destins croisés, de fausses coïncidences et de vraies rimes humaines, ainsi que d’un jeu astucieux avec la chronologie et les lieux, qu’il articule avec une singulière inspiration. Son travail a aussi nourri le magnifique The Three Burials of Melquiades Estrada, film de 2005 à la fois mis en scène et interprété par Tommy Lee Jones.

Aujourd’hui, Arriaga – dont on dit qu’il s’est brouillé avec Inarritu – passe derrière la caméra et nous offre une première réalisation fidèle au style de récit qu’il a lui-même popularisé. L’action se partage entre deux cadres hautement dissemblables: la plaine aride du Nouveau-Mexique et la côte du nord-ouest des Etats-Unis à Portland, Oregon. Dans le premier, une tragédie s’est produite quand la caravane où deux amants commettaient l’adultère a brûlé, privant une famille hispanique de son père, et une autre, blanche et anglo-saxonne, de sa mère. Dans le second, une jeune patronne de restaurant, Sylvia (Charlize Theron), passe d’un homme à l’autre dans un chaos existentiel quasi masochiste, auquel on soupçonne une grave motivation… Comment ces deux actions menées en parallèle dans un habile montage alterné vont peu à peu révéler des points de rencontre, comment le rapport spatial se fera peu à peu rapport temporel, The Burning Plain le raconte d’assez captivante façon.

Casting impeccable

Le grand atout du film, par-delà sa structure narrative, est à chercher du côté de son interprétation. Charlize Theron, une fois de plus admirable, confirme le rare talent de l’actrice d’origine sud-africaine. Rarement aura-t-on vu combiner autant de beauté physique et de capacité à explorer des abîmes mentaux. Après le saisissant Monster et le moins radical mais tout de même très troublant North Country, le film de Guillermo Arriaga offre à la comédienne une nouvelle opportunité de jouer un personnage complexe, blessé, déséquilibré, comme inachevé et pourtant bouleversant d’une vérité intime que peu eussent rendue à ce point palpable. On retrouve par ailleurs dans The Burning Plain une Kim Basinger frémissante en épouse et mère de famille amoureuse d’un autre homme. Et l’on découvre en Jennifer Lawrence une jeune actrice à suivre.

Si le film soutient l’attention (la tension) et crée l’émotion, on pourra trouver un peu trop schématique la manière dont Arriaga force sur la dichotomie entre l’univers néo-mexicain (désert, sécheresse, chaude couleur dorée) et celui de Portland (mer et pluie omniprésentes, dominante bleu-gris). La construction très raisonnée de l’ex-scénariste d’Inarritu apparaît parfois de façon trop voyante et désincarnée, en l’absence du regard sensuel de son habituel complice. En définitive, qualités et défauts de The Burning Plain montrent ce que la brillante et souvent émouvante « formule » Arriaga peut et ne peut pas en l’absence du souffle poétique d’un Inarritu. Le prochain film de ce dernier, écrit avec un autre scénariste, montrera (ou pas) l’impact inverse…

Louis Danvers

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