Philippe Cornet
Philippe Cornet Journaliste musique

PARFOIS, UN CHANTEUR PAS FORCÉMENT CONNU DÉBOULE AVEC UN COUP DE FRAÎCHEUR INATTENDUE DANS SA MUSIQUE HYBRIDE. PLUS RAREMENT, IL VIENT D’ITALIE.

RAPHAEL GUALAZZI

« HAPPY MISTAKE »

DISTRIBUÉ PAR EMI.

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En 2011, le remixeur briton Gilles Peterson mettait sa dextérité au service d’un morceau de Raphael Gualazzi, Reality And Fantasy, propulsant le chanteur-pianiste italien sur le terrain du groove et du dance-floor. D’où un début de réputation internationale et un deuxième album, platine à domicile. Confirmant d’une certaine manière que les disques ludiques n’encombrent pas le marché. Pas plus que ceux des Italiens chantant aussi en anglais -ici, la moitié du disque- avec des saillies de crooner contemporain certifiées. A cet improbable croisement de genres, l’hybridation de Gualazzi fonctionne, amuse et emporte l’affaire sur le ton de la légèreté et de l’inspiration. Aux styles déjà évoqués, ce trentenaire originaire de la Marche -centre-est de l’Italie- rajoute naturellement des éléments salsa, bluesy, gospel et brésiliens. Ainsi qu’une rasade de mélodies convaincantes et même un duo réussi avec Camille, sans que tout cela ne fasse jamais pudding indigeste. Alors, comment cela marche? D’abord, à l’écoute du disque, il est clair qu’on a tous quelque chose en nous de l’Italie… La première chanson, en anglais, trimballe l’accent qui dérouille tout format habituel de jazz ou de crooning: un nuage de cappuccino dans les consonnes et une façon indolente de balader les voyelles sur un piano bastringue qui a dû connaître quelques nuits chaudes du côté de la Via Roma. Nom de rue que ce rigolo de Benito Mussolini avait imposé à toutes les villes d’Italie au début des années 30.

Bambino Mio

Peu créative en matière rock, l’Italie a surcompensé du côté de la variété oeil de velours et produit ce que Gualazzi défend si bien: un sens inné de la mélodie chaude et une façon de la chérir comme un bambino mio. Eduqué au piano forte et au classique, l’autre Raphael en a gardé une facilité à composer des ritournelles qui vont peu à peu intégrer son goût pour le ragtime, le blues, l’artiste s’imbriquant même dans un projet de redécouverte musicale du jazz au-delà de l’Atlantique. Fils de batteur, Gualazzi aspire aussi dans son jeu de clavier un sens très rythmique de la chanson, rappelant volontiers Adriano Celentano (Senza ritegno) mais plus encore Paolo Conte. La similitude avec ce dernier est frappante dans un titre tel que Un mare in luce où l’exercice de crooning s’accompagne de réminiscences jazzy-nostalgiques et de langoureuses promesses cuivrées. On sent aussi dans les arrangements hyper soignés une filiation pop:pas seulement celle d’autres vieilles charrues à la Stevie Wonder ou même Ray Charles, mais des vapeurs sucrées à la Mika. Tout cela ne restant que des repères intuitifs puisque le succès international que Raphael Gualazzi va immanquablement décrocher avec ce disque est d’abord dû à son propre talent.

PHILIPPE CORNET

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