Michel Verlinden
Michel Verlinden Journaliste

PRÉSENTÉ COMME L’HÉRITIER DE CALDER ET DE TINGUELY, LE TRAVAIL DE PASCAL HAUDRESSY EST UNE SORTE DE VIRUS INTRODUIT AU CoeUR DU SYSTÈME DE L’HISTOIRE DE L’ART.

Pascal Haudressy

FEIZI GALLERY, 8B, RUE DE L’ABBAYE, À 1050 BRUXELLES. JUSQU’AU 15/11.

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C’est un talent arrivé tard sur la scène artistique qu’accueille la Feizi Gallery en la personne du Français Pascal Haudressy (1968). Pendant dix ans, l’homme a oeuvré pour l’Unesco en tant que responsable de projets culturels et de nombreuses réalisations impliquant des artistes de notoriété internationale. C’est en 2005 qu’il met le pied à l’étrier, signant d’emblée une approche d’une grande cohérence. Pour preuve, il s’est rapidement fait remarquer par le critique Pierre Sterckx ainsi que par le curateur David Rosenberg à qui l’on doit le commissariat de la présente exposition. Les dix années de réflexion qui ont précédé l’arrivée d’Haudressy sur le marché de l’art ont clairement été fertiles. Cela saute aux yeux. Le Parisien s’avance fort d’outils technologiques de pointe qu’il prend plaisir à combiner avec des matériaux tels que le bois ou la résine pour réaliser des sculptures, des installations et des vidéos. Il réalise par là des assemblages complexes composant des oeuvres que l’on a envie de qualifier de « mutantes » tant elles sortent du cadre habituel. Son travail a souvent été comparé à un virus informatique avec cette question pour corollaire: « Qu’arrive-t-il quand on introduit un bug dans le flux constant des calculs qui sous-tendent les images numériques, ou bien si l’on prolonge ces calculs à l’infini? » La réponse ne se fait pas attendre: « C’est un peu comme si le code (l’ADN) des images devenait fou, incertain ou tout simplement créateur. » C’est exactement cela, les oeuvres d’Haudressy se propagent, elles relèvent d’une façon d’exister au monde qui est évolutive. On parlerait bien de cancer esthétique, si le terme n’était pas aussi connoté péjorativement.

Raven

Parmi les oeuvres exposées à la galerie, il y en a une sur laquelle on ne peut s’empêcher de s’arrêter. Raven donne à voir, comme son nom l’indique, un corbeau, en résine, se tenant sur une branche. Le voir ainsi rappelle l’étrange pèlerinage entrepris par Werner Herzog à l’automne 1974. But du voyage? Rejoindre Paris à pied pour, du moins le croit-il, contribuer par la pénitence à la survie de la critique et historienne du cinéma Lotte Eisner. Lors de ce voyage initiatique, Herzog communie, dans la solitude, avec la nature. En particulier, un jour de pluie, où il éprouve de l’empathie pour un vulgaire corbeau « inerte, grelottant, solitaire et calme, plongé dans ses pensées de corbeau« (1). Mieux que tous les tableaux du monde, même ceux de Friedrich, Pascal Haudressy parvient à nous restituer l’angoissante matérialité du volatil, suggérant, à la manière d’Herzog, jusqu’aux « pensées » du corbeau. Ce tour de force, il le réussit pourtant par un grand détour, celui de l’artifice le plus technologique -son installation conviant un loop vidéo on ne peut plus éloigné de la réalité. Pas étonnant, il y a chez l’artiste une volonté de ne pas se couper du réel. Utilisant les technologies les plus avancées, il revendique son appartenance au passé, conviant régulièrement l’art de Samarcande comme source de référence constante. « Un art ornemental où tout est à la fois fixe et vibrant, où les entrelacs composent des motifs mouvants. » La boucle est bouclée.

(1) SUR LE CHEMIN DES GLACES, WERNER HERZOG, PETITE BIBLIOTHÈQUE PAYOT.

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