Laurent Hoebrechts
Laurent Hoebrechts Journaliste musique

La « listomanie » a de nouveau frappé! Top 50 des plus gros nanars de l’histoire du cinéma, anthologie des 10 meilleurs romans policiers ouzbèkes, chrestomathie des 20 meilleurs albums speed metal… Tout y passe, tout se classe. Certes, tout cela est souvent un peu vain. Seulement voilà, il faut bien l’avouer: on adore ça. Alors quand déboulent Les100 albums cultes soul, funk, r’n’b, pas de raison de se faire prier. Surtout que l’un des deux auteurs de l’ouvrage, Olivier Cachin pour ne pas le nommer, est un spécialiste du genre. A double titre. Journaliste hip hop à cravate (bonjour le décalage), il n’a plus à prouver sa connaissance des musiques noires. Il a notamment présenté l’émission Rapline, a fondé le magazine L’Affiche… Par ailleurs, le bonhomme a enchaîné récemment quelques listes costaudes: les 100 albums essentiels du reggae, les 100 albums essentiels du rap, et dernièrement les 100 B.O. cultes… Logiquement, il s’attaque donc maintenant à la soul, au funk et au r’n’b, en compagnie de Christophe Geudin.

Le principe: un disque par double page, le texte d’un côté, la pochette de l’autre. Tous les héros sont là. L’ouvrage commence ainsi par le légendaire live à l’Apollo de James Brown, celui par qui le funk arrive. Suivent Sam Cooke, l’inventeur de la soul, pour faire simple, et directement après Ray Charles, the Genius. Soit, en quelques pages, rien de moins que la sainte Trinité. Et pourtant cela ne fait que commencer. D’Otis Redding à Marvin Gaye, d’Al Green à Sly & the Family Stone, en passant par les délires de Funkadelic, ceux de Prince plus tard… On enfonce des portes ouvertes, certes, mais avec d’autant plus de plaisir qu’elles donnent sur des paysages paradisiaques.

En clair, l’ouvrage remplit parfaitement son double rôle. Pour les non-initiés, il est une base à peu près infaillible, à partir de laquelle il sera facile de gratter. Pour les spécialistes? Il servira d’objet de débats animés pour fins de soirées arrosées. Et c’est bien là que ça devient amusant, non? Car la liste de Cachin et Geudin a beau receler des pépites incontournables, elle contient aussi quelques titres plus discutables. Passons le On The Corner de Miles Davis ou la référence à Fela. Mais pourquoi inclure le Young Americans de Bowie? Pourquoi pas, répondit l’écho. Peut-être simplement parce que la cible – soul, funk, r’n’b – est déjà assez large que pour encore un peu plus l’étendre… Surtout si cela se fait au prix d’autres disques, peut-être plus pertinents, et pourtant passés à l’as. Et il y en a. Les années 80, 90 et 2000 n’occupent ainsi qu’un quart à peine de la sélection! Ce n’est plus un parti pris, c’est carrément un biais. Pas un mot ou presque sur le new jack swing des eighties, pas davantage sur le r’n’b moderne. Zappés des disques comme ceux de Aaliyah, Destiny’s Child ou Lauryn Hill, pour n’en citer que 2, 3, qui ont pourtant, à leur manière, marqué l’histoire des musiques noires. A la place, l’ouvrage préfère se cloturer par la très vintage Amy Winehouse. Puisqu’on vous disait que le débat était lancé…

Les 100 albums cultes soul, funk, r’n’b, de Olivier Cachin et Christophe Geudin, Éditions Tournon. 208 pages.

Laurent Hoebrechts

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