Louis Danvers
Louis Danvers Journaliste cinéma

La politesse du désespoir – Amos Kollek quitte les portraits féminins pour celui, poignant, d’un immigré israélien à New York, loser assumé, humoriste amer et père démissionnaire.

D’ Amos Kollek. Avec Moshe Ivgy, Ran Danker, Karen Young. 1 h 40. Sortie: 30/09.

L’amertume et la désillusion sont des sentiments difficiles à capter, et à restituer, pour un cinéaste. Amos Kollek y parvient dans un film étrange et inégal, fraîchement reçu au Festival de Berlin mais qui recèle plus de richesses qu’il n’y paraît au premier abord. Restless nous fait découvrir la diaspora israélienne de New York, où se croisent artistes et hommes d’affaires, ex-responsables de Tsahal et marginaux de tout poil. Moshe en est un personnage remarqué. Voici déjà une vingtaine d’années qu’il s’est exilé aux Etats-Unis, échappant à une paternité dont il ne voulait rien savoir. Il se rêvait poète, il a sombré dans une misère économique et affective qu’il noie dans l’alcool et les rencontres sexuelles sans lendemain. Le soir, quand il peut, il monte sur la scène d’un club où il adresse au public des harangues volontiers plus agressives que drôles, et que nourrissent ses frustrations quotidiennes, ses désillusions permanentes… Moshe Ivgy campe à merveille ce personnage de loser conservant une certaine séduction. Endetté, menacé, fuyant un passé démissionnaire pour goûter aux joies fugaces d’un aujourd’hui sans enjeu, cet antihéros qui apprend la mort de son ex-femme va vouloir, maladroitement, renouer avec un fils qu’il n’a jamais vu puisqu’il a émigré avant même sa naissance. Un fils qui est devenu tireur d’élite dans l’armée israélienne, et auquel il arrive parfois d’imaginer son père absent, haï, dans sa ligne de mire…

Humour juif

S’il est parfois schématique dans son évocation des inévitables retrouvailles entre ces deux personnages, ou dans son exposition du conflit israélo-palestinien, Restless confirme l’exceptionnel talent de portraitiste dont fait preuve depuis toujours Amos Kollek. Ce dernier se concentrant, de manière atypique, sur un personnage central masculin, mais offrant aussi à une magnifique Karen Young un rôle subtil et poignant, s’inscrivant dans la lignée des films précédents du réalisateur, de Sue à Bridget en passant par Fiona, Fast Food, Fast Women et Queenie In Love. On ne manquera pas de remarquer la très belle photographie de Manhattan signée de la chef-opératrice belge Virginie Saint-Martin, laquelle offre un magnifique écrin à la performance de Moshe Ivgy. Les prestations scéniques de ce dernier s’inscrivant dans la grande tradition des « stand-up comedians » américains, juifs le plus souvent, et dont l’humour toujours violent, souvent sexuel et parfois masochiste, fait le pari de rire sur le fil du désespoir.

Retrouvez toute l’actualité cinéma commentée par Jean-François Pluijgers, chaque mercredi à 8 h 30, sur Musiq3.

Louis Danvers

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