Philippe Cornet
Philippe Cornet Journaliste musique

Jeunesse sonique – Parce qu’il célèbre l’un des plus fameux carnages scéniques selon Kurt Cobain, ce live monumental au festival anglais justifie l’empreinte mythique de Nirvana.

CD/DVD « Live At Reading »

Distribué par Universal.

Frances Bean Cobain naît douze jours avant la prestation de Nirvana à Reading qui a lieu le 30 août 1992. C’est peu dire que Kurt porte la chose en lui, profondément. Mais sa fille nouvellement délivrée n’empêche pas les maux d’estomac qui pourrissent son quotidien: tout a décidément été très vite, trop vite. Jusqu’à la tête d’affiche de Reading, alors symbole d’un certain couronnement rock. Non pas que l’intro du concert soit convaincante: Cobain débarque dans une chaise roulante, affublé d’une grotesque perruque blondasse, chante deux mots et s’écroule à terre. Curieux geste ou projection prémonitoire? Bon, dix secondes plus tard, c’est vraiment parti pour l’un des rocks les plus décharnés, dévoyés, décomplexés de l’histoire des malversations soniques. Nevermind, le second album qui présente Nirvana à la consommation planétaire, n’est sorti que onze mois auparavant, et dans une logique assez évidente, le groupe en joue onze des douze titres, entamant les festivités par Breed, festin de cailloux crus. D’emblée, le rythme est maximal, et s’autorise fréquemment des expansions improvisées: Cobain va traquer sa Stratocaster dans ses plus saillantes réserves. Après quatre titres furieux (pléonasme), le tempo se structure avec Sliver dont le public reprend le refrain comme au foot. A l’instar des suivantes (In Bloom, Come As You Are, Lithium), elle confirme le génie de Cobain à mettre des mélodies sous-marines dans cette mer démontée. Quitte à en détourner régulièrement la matière première: notamment dans Smells Like Teen Spirit, à mi-concert, aux relents légèrement en porte-à-faux face aux riffs originaux.

Soleil noir à rayonnage blond

Novoselic et Grohl s’agitent beaucoup mais c’est Cobain, soleil noir à rayonnage blond, qui aspire tout dans son sillage. C’est à cet étage-là que le trio confirme sa particularité chimique: il désarçonne le métal de ses lourdeurs plombantes et de ses pesants codes vestimentaires, l’accélère sans céder à la parodie, pousse le bouchon jusqu’à l’extase quasi gore ( Negative Creep du premier album Bleach) mais lui offre une sorte de rédemption magnifique. Par la qualité des chansons bien sûr, leur dérision, mais aussi l’exposition des propres névroses sentimentales de Cobain. Qui les confesse, là, à Reading devant 80 000 personnes: il dédie All Apologies à sa fille et demande au public de répéter  » Courtney, we love you! ». Catharsis, disions-nous: comme la fin, tout en bitume blindé vers l’apoplexie du décibel et le fracas complet des instruments. Cobain reprend même l’hymne national US à la Hendrix, autre mort précoce. Pour finir, il va juste déposer sa guitare – encore branchée – dans la foule. Techniquement, l’image – vidéo – a été bien restaurée, mais le format 4/3 est un rien vieillot. La réalisation est standard – large, gros plan, insert, un coup de Louma – sans point de vue sur les spectateurs. Le mix offert en 5.1, puissant, est correctement « surround ». Surtout, cette violence qui s’incarne pendant une heure trente, ne semble jamais gratuite ou vulgaire: c’est précisément ce qui fait sa force. Le DVD est accompagné d’un CD qui comprend un titre de moins.

www.hereisnirvana.com

Philippe Cornet

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