Manchester is coming

Julien Broquet
Julien Broquet Journaliste musique et télé

HÉRITIERS DE LA FAT WHITE FAMILY, LES MANCUNIENS DE CABBAGE SECOUENT LA SCÈNE ROCK BRITISH AVEC UNE COMPILATION DE LEURS TROIS DERNIERS EP’S.

Cabbage

« Young, Dumb and Full of… »

DISTRIBUÉ PAR SKELETON KEY.

8

Surnommée Cottonopolis ou encore « ville des entrepôts » à l’ère victorienne, Manchester n’a pas joué un rôle prépondérant que dans la révolution industrielle et l’histoire footballistique. Elle a aussi depuis le milieu des années 70 marqué de son empreinte électrique et indélébile celle de la musique et du rock britannique… Buzzcocks, Joy Division, New Order, The Fall, Happy Mondays, Smiths, Stone Roses, Charlatans, Oasis, Chemical Brothers… La liste est longue. L’héritage pesant. Tellement écrasant qu’ils sont rares ces derniers temps à avoir ajouté leur nom au panthéon.

Pourtant, présenté comme le groupe le plus excitant de la ville, Cabbage semble en mesure de venir gribouiller le sien au bout du répertoire depuis un peu trop longtemps tenu en suspens des plus rock’n’roll gloires locales. Avec Young, Dumb and Full of…, premier album qui en a autant dans la caboche que dans le falzar, Cabbage vient de mettre un joli coup de pied dans la fourmilière (genre frappe de mule) et de secouer le cocotier d’une scène anglaise qui aime un peu trop se regarder le nombril.

Cabbage, pour être précis, vient de Mossley, petite ville du Lancashire peuplée de 10 000 habitants et située à une quinzaine de kilomètres de la tentaculaire Manchester. « I wanna fight for my country, just like the old boys and Nazis. » La première punchline de l’abum, celle du titre d’ouverture Uber Capitalist Death Trade, donne le ton. Fils caché de The Fall, cousin mancunien de la Fat White Family (ajoutez-y un peu de Clash, de Libertines, de Black Lips…), Cabbage n’a ni sa langue ni sa guitare en poche. Cabbage est un groupe en colère. En colère contre la fermeture des pubs. Contre son gouvernement. Contre les choix politiques et les coupes budgétaires qui ont bousillé l’initiative bénévole venant en aide aux toxicomanes et aux récidivistes pour laquelle l’un d’entre eux, le chanteur et parolier Lee Broadbent, travaillait.

Compilation de leurs trois derniers EP’s, tous dévoilés en 2016, Young, Dumb and Full of… s’en prend à la famille royale, Kim Jong-un, Rupert Murdoch, la NHS et The Sun. Chante la nécrophilie à Buckingham Palace. Et, « Death to Donald Trump », hu(r)lu(r)le en guise de refrain un appel à la mort du Président américain.

Certes, Cabbage dézingue aussi le These Boots Are Made for Walkin de Nancy Sinatra et revendique avec humour son appartenance. « I’ve had a pint with every person who’s ever played in The Fall » (Tell Me Lies about Manchester). Mais avec Free Steven Avery (Wrong America), il appelle encore à la libération de cet Américain emprisonné à tort pendant 18 ans pour viol. Innocenté par test ADN. Et retourné derrière les barreaux pour le meurtre d’une photographe. Ce type étrange au coeur de la série documentaire Making a Murderer. En attendant le support physique, qui ne devrait tarder, iTunes et Spotify vous feront découvrir votre nouveau groupe préféré… Le (no) futur du rock anglais.

JULIEN BROQUET

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