Les Yeux de travers

© National

Tout commence dans un bar “ punk chic cosy” -soit la négation d’un bar-, où un jeune étudiant en cinéma, aussi endetté qu’érotomane, fait office de serveur/gravure de mode pour rembourser son prêt. Le lecteur suivra ainsi sa dérive existentielle, entre petits jobs plus ou moins déclarés et poursuite d’on ne sait trop quoi, dans une grande ville côtière, menacée par les eaux, d’un pays en phase avancée de décomposition. Remplaçant tour à tour, à des postes peu valorisés, des jeunes ayant décampé pour sauver leur peau ou tenter de réparer la planète, il se laisse trimballer, concentré sur son érection, à peine soucieux de la catastrophe qui sert de toile de fond à ce récit tendu. Dans ce premier roman, Guillaume Collet, 30 ans, qui fut lui-même abonné aux petits boulots dans un monde pas très en forme, se distingue ici plus par sa maîtrise de formules cinglantes et lumineuses que par la scansion un peu empruntée du récit, jouant la carte du spoken word et de la poésie urbaine sans toujours convaincre. Ainsi, c’est par l’évocation très précise de la déliquescence de son décor qu’il fait mouche -la trajectoire heurtée de son jeune personnage (comme sa romance charnelle, évoquée en pointillés) semblant ici ne servir que de prétexte à la description d’un naufrage social et écologique généralisé.

De Guillaume Collet, éditions Les Avrils, 144 pages.

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