Michel Verlinden
Michel Verlinden Journaliste

Cela fait 3 ans que William Eggleston photographie Paris en réponse à une invitation de la Fondation Cartier. Lever de rideau sur sa nouvelle expo.

Paris, William Eggleston, Fondation Cartier, 261 boulevard Raspail, à 75014 Paris. Du 04/04 au 21/06.

Photographe nord-américain né dans le Tennessee, on a plutôt l’habitude de voir du travail d’Eggleston les images du sud des Etats-Unis. L’£il exercé lui attribue facilement les lignes d’une Cadillac renversée, celles d’une station-service désertée ou le minimalisme d’un dinner vide sur la table duquel traînent un pot de ketchup, une salière et un poivrier. Une impression poétique de vide et de monde entre parenthèses s’échappe des prises de vue de celui qui passe, à juste titre, pour l’un des maîtres de la photographie couleur. Eggleston possède un goût certain du mystère; ses photos intriguent. On ne pouvait donc qu’être curieux du résultat de trois années de déambulations à travers Paris, une commande de la Fondation Cartier pour l’art contemporain – avec laquelle il avait déjà collaboré sur les séries Déserts et Kyoto. Sorti de ses repères habituels, quel sens prendrait le travail de ce père fondateur qui fait valoir près d’un demi-siècle d’images? D’autant plus intrigante que les prises de vue dialogueront forcément avec le travail d’Henri Cartier-Bresson ou de Robert Frank.

étonnants cadrages

Le Palais de Tokyo, le quartier de la Goutte d’Or, les passages du 9e arrondissement, le bois de Vincennes… La liste des lieux que William Eggleston a arpentés est longue. Evidemment, à aucun moment, on ne retrouve un Paris de carte postale. Aucune coquetterie. Sous son £il, la capitale dégage une tonalité de gravité. Dans un entretien, le photographe évoque la métaphore d’un café qu’il s’agirait de ne pas trop sucrer. Les images pourraient avoir été prises à Tokyo ou à Londres au vu des cadrages qui découpent les lieux et les silhouettes sous des angles inattendus. Certains commentateurs n’hésitent pas à évoquer chez lui une coordination particulière entre la main et l’£il qui transforme un détail banal en tableau signifiant. Une tâche lumineuse verte sur un sol humide devient ici le signe d’une ville qui s’asphyxie, d’une jungle urbaine qui pâlit loin de la chlorophylle. Plus loin, une jambe et le bout d’un sac composent une chorégraphie d’un genre nouveau. Ailleurs, des enfants jouent dans un café ou des reflets dansent dans la vitre d’une voiture. Toutes ces images ne se laissent pas cerner facilement, c’est l’ensemble au sein duquel elles prennent place qui fournit la clé de cette vision unique d’une ville unique. En plus des images de Paris, Eggleston donne à voir pour la première fois une série de peintures abstraites et colorées ainsi que des carnets de dessins.

www.fondation.cartier.com

Michel Verlinden

Partner Content