L’art d’être Lazare

Philippe Cornet
Philippe Cornet Journaliste musique

LE MUSICAL AUTOUR DES CHANSONS DE DAVID BOWIE ATTERRIT À LONDRES ET EN UN DISQUE SPLENDIDEMENT INTERPRÉTÉ, AVEC AUSSI TROIS INÉDITS DE L’ICÔNE ANGLAISE.

David Bowie & Cast

Double CD « Lazarus Cast Album »

DISTRIBUÉ PAR SONY MUSIC.

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La dernière apparition publique de David Bowie a eu lieu le 7 décembre 2015, un mois et trois jours avant sa mort. Ce soir d’hiver new-yorkais, le chanteur se rend à la première de Lazarus, mis en scène par le flamand Ivo Van Hove, dans un petit théâtre de l’East Village pour une adaptation de The Man Who Fell to Earth. A l’origine, un livre du californien Walter Tevis devenu fameux via la version cinématographique de Nicolas Roeg sortie en 1976: Bowie y joue de façon convaincante un alien humanoïde condamné à trouver sur Terre les ressources d’eaux aptes à sauver sa planète. Peu importe l’intrigue vu la qualité supérieure de ce double CD (triple vinyle): dans l’entreprise quand même casse-gueule qui consiste à réinterpréter du Bowie, la musique et le casting impressionnent. En Bowie alien, Michael C. Hall -remarqué dans Dexter et Six Feet Under- est vocalement parfait, réminiscent du chanteur anglais mais sans cliché mimétique. Il mène avec beaucoup de sûreté des titres anciens (Absolute Beginners, Heroes) qui sonnent aussi justement que les choix contemporains (Where Are We Now?, Lazarus). D’autant que l’instrumentation est forte, précise et élégante, pas du tout cabaret de Broadway. Mais l’ultime moment de cette recréation bowienne vient d’une autre américaine, Sophia Anne Caruso: elle a quatorze ans et demi quand, tout début 2016, elle enregistre le disque avec le casting new-yorkais de Lazarus. On ne va pas épuiser les réserves de superlatifs, mais simplement dire que son interprétation de Life On Mars? est brillante. Cette fille, c’est Mozart.

Voix fragilisée

Hormis la vingtaine de reprises, l’attraction commerciale du double disque tient dans les trois inédits enregistrés par Bowie avec le team de Blackstar, sorti deux jours avant sa mort, le 8 janvier 2016. When I Met You débute comme un grondement charbon de Joy Division, perclus de basse envahissante, qui se déploie vite en pop-song au doublé vocal: David y répond à Bowie, sans que le moment ne dépasse globalement le magnétisme basique. Plus hargneux, Killing a Little Time décharge un orage porté par une batterie et des guitares jazz dissonantes: du coup, le mur sonique exprime des étouffements qui traînent assez longtemps dans l’oreille. Reste ce No Plan crépusculaire: Bowie y jette son restant de voix fragilisée, en souffrance probable, dans un format ballade qui a tout du magistral baisser de rideau. Le roi encore sublime en interprète mourant: on pourra le quitter là-dessus, porté par un sax qui signe lui aussi un au revoir émotionnel. Lazarus vient d’ouvrir ce 25 octobre au King’s Cross Theatre de Londres, les représentations prenant place jusqu’au 21 janvier 2017. On a réservé.

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PHILIPPE CORNET

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