Julien Broquet
Julien Broquet Journaliste musique et télé

Agneau sacré – Kurt Wagner sort son album de Lambchop le plus personnel. Un disque accueillant et élégant d’abord testé en solo et sur la route.

« OH (Ohio) »

Distribué par City Slang/V2.

« Q uand je commence à travailler sur un disque, je pense d’abord à trouver une nouvelle approche de l’écriture. Cette fois, je me suis enfin décidé à bosser en solo. J’avais toujours résisté à cette idée. Je voulais être sûr que l’attention serait portée sur Lambchop en tant que groupe et pas sur ma petite personne entourée de quelques musiciens. Après avoir renoncé aussi longtemps à l’aventure solitaire, je me suis finalement dit que l’expérience ne pouvait être qu’enrichissante. » C’est en ces termes que Kurt Wagner présente la genèse d’ OH (Ohio). Le splendide, raffiné et déjà dixième album de Lambchop. La plupart des chansons qui constituent la nouvelle £uvre de son collectif, l’homme à la casquette les a d’abord enregistrées en solo dans des versions acoustiques. Il les a discrètement vendues lors de ses concerts quand il a tourné cinq à six semaines en Europe l’hiver dernier pour les présenter. Goûtant à une certaine forme de liberté. « Seul, je n’étais plus soumis à de quelconques contraintes, reconnaît-il. Si je voulais essayer un morceau dans une forme différente, je pouvais me le permettre illico presto. Sans devoir l’expliquer à Pierre, Paul ou Jacques. J’ai pu tester mes chansons sur le public. Les améliorer en même temps que mes talents de performer.  »

Chef d’orchestre, Wagner avait toujours jusque-là entretenu une vision fort collective de la musique.  » Ce n’était pas juste moi et mes chansons« , insiste-t-il. Avouant tout de même qu’il essayait probablement de se cacher. « J’ai lutté pour surmonter mes craintes en me disant que le public se ferait son idée. Quand j’ai présenté les chansons au groupe, j’ai presque eu l’impression de lui proposer des reprises. »

Triple contrôle de qualité

Kurt Wagner a en quelque sorte soumis ses morceaux à un triple contrôle de qualité. Après les avoir testés sur le public, les avoir retravaillés avec ses comparses, il les a confiés à deux producteurs: Mark Nevers (Bonnie Prince Billy, The Tindersticks, Andrew Bird, Howe Gelb) et Roger Moutenot (Yo La Tengo). Ils les ont enregistrés dans leur antre, à Nashville, entre février et mai.  » Je me suis dit que ça contrebalancerait le côté solo du projet et qu’on aurait deux fois plus de bonnes idées. Cela a rallongé un peu le processus. J’ai vécu des semaines surchargées mais j’y ai pris beaucoup de plaisir. Notamment en voyant comment deux mecs aux méthodes fort différentes ont approché notre travail. »

Moutenot a enregistré avec beaucoup d’honnêteté. Immortalisant sur disque Lambchop tel qu’il peut sonner sur scène. Nevers a amené de nouveaux éléments. Une flûte par-ci, une voix de femme par-là. Avec toujours pour fil rouge le timbre doux et grave de Kurt Wagner, la tristesse agrippée aux cordes vocales. Au final, guitares acoustiques, piano et cuivres servent un disque accueillant, doux et élégant. Quelque part entre les Tindersticks et Leonard Cohen.

www.lambchop.net www.myspace.com/lambchopisabandEn concert le 26/10, à l’Ancienne Belgique, Bruxelles.

Julien Broquet

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