Louis Danvers
Louis Danvers Journaliste cinéma

Peur sur la ville – Un thriller social mexicain sombre et percutant, où une chasse à l’homme s’organise dans un quartier riche et protégé enclin à faire justice soi-même.

De Rodrigo Pla. Avec Daniel Gimenez Cacho, Maribel Verdu, Carlos Bardem. 1 h 38. Sortie 24/09.Une colline surplombe la ville et en est séparée par une impressionnante clôture. Derrière le mur et les caméras de surveillance, des habitants aisés vivent là. Ils ont payé le prix fort pour être à l’abri des pauvres, des révoltés, des voleurs. Un prix financier dont ils ne savent pas tous encore qu’il se doublera bientôt d’un prix moral… Un trio de jeunes crève-la-faim a en effet profité d’une brèche accidentelle dans le mur d’enceinte pour pénétrer dans le quartier interdit et y commettre un vol, au cours duquel une vieille dame est assassinée. Deux des malfrats sont abattus par les gardes de sécurité, mais le plus jeune, innocent du crime, reste prisonnier des lieux. Tandis qu’il se cache, terrifié par les rondes qui se multiplient, le conseil des propriétaires décide de ne pas appeler la police, et de « s’occuper » lui-même de l’intrus, dont le sort semble dès lors arrêté.

Au premier degré, La Zona développe un captivant suspense: le jeune voleur pourra-t-il s’échapper? L’adolescent du quartier qui le découvre va-t-il le dénoncer ou l’aider? La police interviendra-t-elle malgré la corruption rampante qui l’invite à fermer les yeux? Au second degré, le film de Rodrigo Pla offre matière à une réflexion capitale sur l’évolution de nos sociétés, les dérives de la paranoïa sécuritaire, les nouvelles formes d’antagonisme entre classes. Le tout en délivrant une conclusion d’une singulière noirceur.

Pour son premier long métrage, le jeune réalisateur mexicain affiche une maîtrise impressionnante. On peut rapprocher sa mise en scène de celle d’un John Carpenter au meilleur de sa forme, avec l’ajout d’un grain réaliste inscrivant La Zona dans la veine du film de genre à forte résonance sociale, celle qu’a creusée en France un Jean-François Richet (1). Cette tendance à la fois spectaculaire et engagée trouve ici sans doute sa plus forte expression à ce jour.

Fiction assumée

Rodrigo Pla s’est inspiré d’un conte écrit par sa coscénariste et compagne Laura Santullo. Laquelle a voulu tracer une parabole sur l’évolution du Mexique mais aussi plus globalement sur une dualisation de plus en plus manifeste et dramatique un peu partout dans le monde. Plutôt que de montrer une réalité brute, c’est le chemin d’une fiction assumée qui a été choisi, permettant un traitement libre et inventif des thèmes cruciaux réunis dans le film. Les accents tragiques du récit, ses quelques outrances, choquent ainsi bien moins que le réel auquel chaque spectateur peut facilement relier La Zona.

L’interprétation est inégale, caricaturale pour certains personnages, mais d’une grande et troublante justesse dans le chef des deux adolescents, que leur naissance a situés des côtés opposés de la barrière, mais qu’une brève connivence va rapprocher dans les circonstances les plus extrêmes. Un instant aussi fugace et fragile que l’espoir dans une vision absolument sombre de notre futur.

(1) Réalisateur d’ Etat des lieux et de Ma 6T va craquer, et fan déclaré de Carpenter, dont il a d’ailleurs mis en scène un remake d’ Assault On Precinct 13.

www.lazona-lefilm.com

Louis Danvers

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