Michel Verlinden
Michel Verlinden Journaliste

Pop art 2.0 – En exposant Kelley Walker, le Wiels se paie le buzz new-yorkais du moment. Un chapitre de plus au grand livre du Pop Art américain.

Au Wiels, 354, avenue Van Volxem, à 1190 Bruxelles. Du 6/09 au 2/11.Jolie success-story que celle de Kelley Walker. Venu d’une petite école d’art de Knoxville dans le Tennessee, il est monté à New York. Un grand classique mais qui dans son cas se double d’une fulgurante ascension. Avec des potes du même bled – Wade Guyton, Josh Smith et Seth Price -, il peut se vanter de s’être fait un nom là où tant d’autres meurent d’anonymat. Aujourd’hui, pour les galeristes et les collectionneurs, l’une de ses images barbouillées de dentifrice et passées au scanner fait figure de Saint Graal. Le buzz est passé par là et il faut aujourd’hui mettre le paquet pour s’offrir l’une de ses £uvres. Il y a là un juste retour des choses dans la mesure où Walker écrit un chapitre particulier de l’art contemporain. Après le mouvement de l’appropriation qui sacrait la perte de l’origine – Cindy Sherman ou Jeff Koons -, il entend mettre à jour de nouvelles façons d’agir. Le travail de Walker relève du sursaut activiste: là où tant d’artistes contemporains font le constat d’une perte du sens, Walker fait feu de tout bois pour prouver qu’il y a encore quelque chose à faire dans ce monde englouti par la consommation, les droits d’auteur et la communication de masse.

Les instruments de travail de Kelley Walker racontent son travail. C’est avec des imprimantes laser grand format et des scanners qu’il poursuit ses obsessions.

CHOCOLAT ET DENTIFRICE

A la suite du Pop Art, il recycle les images à l’infini. Seule variation: le contraste des couleurs se voit modifié par ordinateur. Les images qu’il utilise proviennent des médias et de la publicité. Il mêle des thèmes différents: couvertures sexy, figures de la pop culture et clichés pris lors d’émeutes raciales. Après, il se charge de les barbouiller de chocolat fondu ou de dentifrice. Comme l’explique Anne Pontégnie, auteur d’un texte sur son travail, Walker n’en profite pas pour remettre une couche sur la perte du sens mais entend bien agir.  » Il n’est pas étonnant que l’£uvre de Walker rencontre le succès qu’elle connaît. La subversion qui y est au travail ne joue pas la carte de la confrontation. Au contraire, elle épouse parfaitement, avec une politesse pleine de malice, les contours du monde d’où elle parle et dont elle parle. Pourtant, ce côté spéculaire se double de propositions concrètes qui lui sont corollaires« , écrit la directrice artistique du Wiels. En clair, Walker n’est pas dupe. S’il multiplie les images à l’infini, c’est pour se les approprier et, in fine, nous inciter à en faire autant. Derrière les images, il met le doigt sur l’omnipotence des moyens de reproduction contemporains. Et si le medium informatique était le message… derrière lequel l’artiste n’aurait plus à s’effacer.

www.wiels.org

Michel Verlinden

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