Michel Verlinden
Michel Verlinden Journaliste

Fulgurant Haring – Le Musée des Beaux-Arts et les Anciens Abattoirs de Mons livrent une rétrospective Keith Haring vitaminée. Du jamais vu en Belgique.

Musée des Beaux-Arts et Anciens Abattoirs, à Mons. Jusqu’au 13/09.

C’est toujours avec une grande méfiance que l’on aborde les expositions événements. Ainsi du Grand Monde de Warhol au Grand Palais – à l’écrire comme ça, on se rend compte qu’il y a déjà beaucoup trop de « Grand » et de majuscules pour que ce soit honnête. Sur papier, on s’emballe. Sur place, on rage de s’être fait prendre au piège de l’expo qui fait flop. Autant dire que pour cette rétrospective Haring, on y allait à reculons. Les ingrédients pour susciter la défiance – voir l’allergie – étant présents en quantité dans une recette qui flaire bon la grosse ficelle marketing. A savoir, un racolage promotionnel pour la ville de Mons qui cherche à se placer pour le titre de capitale culturelle en 2015. Mais également le choix d’une figure artistique devenue grand public au travers d’une version expurgée des controverses qu’elle a pu susciter – notamment en ce qui concerne le marché de l’art. Car il faut avouer que cela ne manque pas d’ironie d’entendre autour du travail d’Haring le concert émerveillé des voix de tous ceux qui tiennent encore le street art pour un gribouillage d’adolescents attardés.

Génie magnétique

Bonne nouvelle, l’expo répartie sur deux lieux – le Musée des Beaux-Arts et les Anciens Abattoirs – tient toutes ses promesses. Un petit miracle que l’on doit à Gianni Mercurio, commissaire italien spécialisé dans l’art nord-américain, d’Andy Warhol à Jean-Michel Basquiat, en passant par Roy Lichtenstein. Au fil de 150 £uvres, on retrouve toute la puissance créatrice d’Haring. Le magnétisme de son travail est intact et la scénographie le sert parfaitement. Rien ne sent la poussière, on se surprend même à saisir de nouvelles facettes du génie de Soho. Bienvenus également sont les documents – photos, vidéos – qui aident à saisir le socle sur lequel s’est érigé le travail de Haring. Au final, on est frappé par l’élan fort qui l’a poussé à décloisonner l’art. Avec lui, il prend l’air, se frotte à la rue et rend compte du monde qui change. Temps fort de cette fulgurance, les débuts avec les six dessins à la craie blanche signés dans le métro new-yorkais ainsi que, inédite sous cette forme, la série complète de 28 peintures sur plaques métalliques représentant 2 fresques pour un ensemble courant sur 70 mètres de long. Un projet exceptionnel réalisé pour un chantier de construction à New York.

www.bam.mons.be

Michel Verlinden

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