Philippe Cornet
Philippe Cornet Journaliste musique

TALC-OVER

Sleep Through The Static confirme la qualité méditative du folk magique du surfeur-chanteur hawaïen Jack Johnson. Où émerge un véritable engagement.

« Sleep Through The Static »

Distribué par Universal.

Le nouveau disque de Jack Johnson est une affaire de quatorze chansons qui sentent la brise océane, le corps salé et le bébé nouveau. Il a été enregistré sous label vert dans des studios de Los Angeles et Hawaii à propulsion solaire – zéro pollution – sur un 24 pistes analogique. De vocation environnementale, ce quatrième travail en solo du surfeur-folkeur est aussi une histoire de famille où il nous entretient du plaisir d’être père et de faire grandir ses deux jeunes enfants. Sujet peu rock qui nous fait remonter à l’époque où Lennon cuisait le pain bio pour son fils Sean au Dakota Building. Jack Johnson est sans doute dans le même état d’esprit, sauf qu’il ne s’embarrasse pas de retraite. Ni peut-être de pain bio. Au contraire, sa musique tout en tact, tout en talc, explore un profond désir d’apaisement, de quiétude, d’harmonie avec ce qu’on s’imagine être le monde.

Pas de constat béat: JJ montre aussi la planète telle quelle est. Des territoires infinis de guerres, de souffrances et de gaspillages. Les mots font mal ( All At Once, They Do They Don’t), les harmonies rassurent. Si on écoute ce disque sur un système pas trop crapoteux, on en brasse pleinement les courbes de guitare acoustique, les coups de folk en vagues épaisses et toute l’écume mélancolique.

EQUILIBRISTE DE VOCATION

A-t-on parlé de la sensualité de la musique de JJ? Peut-être pas assez, pourtant elle est partout, immanente. Quel que soit le sujet abordé, JJ n’établit jamais de chantage de la peur ou de la violence, même quand il fait le bilan des impasses politiques et des menaces sur l’environnement. Il évite la mièvrerie et joue son meilleur rôle: équilibriste de vocation. C’est bien pour cela que toutes ses chansons se ressemblent. JJ pratique le clonage entre ses enfants musicaux. Peu importe qu’il laisse juste faire la guitare et la voix ( Same Girl) ou laisse rentrer un peu plus d’électricité dans la maison (le merveilleux While We Wait, Losing Keys), sa musique fait du bien. Elle dessine la métaphysique d’un corps à l’aise avec lui-même.

Symboliquement, Jack Johnson pourrait être le Cat Stevens de cette génération ( Enemy), ce qui est plus compliqué qu’il n’y paraît. Pour rappel, Stevens, superstar mélancolique des années 70 ( Lady d’Arbanville, Father & Son, Mornin Has Broken… ) s’est converti à l’Islam le jour où il a failli se noyer sur une plage de Malibu en 1975. Signe du destin, cette année-là, naissait Jack Johnson, au bord du même océan pacifique, à Hawaii…

u www.jackjohnsonmusic.com

PHILIPPE CORNET

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