Louis Danvers
Louis Danvers Journaliste cinéma

CADAVRE EXQUIS

Une fois de plus, Zhang Yang s’impose en observateur attentif et intelligent du comportement de ses semblables. Une leçon de vie au contact de la mort.

De Zhang Yang. Avec Zhao Benshan, Xia Yu et Hu Jun. 1 h 37. Sortie: 13/2.La vie et la mort dansent un pas de deux surprenant dans le nouveau film de Zhang Yang. Le réalisateur du déjà captivant Shower nous y raconte une histoire à la fois on ne peut plus simple et extrêmement étrange. Tout débute par une scène de soûlographie où deux amis de longue date, ouvriers dans la même entreprise, trouvent à se relaxer après un dur labeur. Le verre de trop bu par Liu sera fatal. L’homme décédera sur place, sans faire de bruit, comme en s’endormant. Pour Zhao, triste et choqué, un ultime devoir s’impose: ramener le corps de son vieil ami dans son lointain village natal pour qu’il y soit enterré. Il va acheter deux tickets d’autobus, installer à côté de lui le cadavre de Liu. Aux curieux, il dira qu’il a trop bu, ce qui est vrai, après tout… Ainsi débute un long périple compliqué, durant lequel des événements imprévus vont mettre la résolution de Zhao à très rude épreuve. Mais le vieil homme aura à c£ur de mener sa mission à bon terme.

Getting home est de ces films précieux où l’on passe sans prévenir du tragique au comique, du rire aux larmes. Il narre une épopée intime, en traversant une Chine que les rencontres successives et les rebondissements du récit viennent éclairer d’une lumière volontiers critique. Mais c’est l’humain qui garde de bout en bout la place centrale. Sans manipulation sentimentale, mais avec une émotion palpable, d’autant plus forte qu’elle nous est suggérée, pas imposée. Benshan Zao est formidable dans le rôle de Zhao. Qiwen Hong fait pour sa part un cadavre convaincant. Le périple étonnant du vif et du mort étant mis en images avec une verve savoureuse par un Zhang Yang au style direct mais subtil, réaliste mais ouvert au romanesque d’une situation peu banale.

Leçon de vie

Très loin des fastes déployés par un Zhang Yimou ( Curse Of The Golden Flower) dans ses films à grand spectacle sur fond pseudo historique, à quelque distance aussi de l’austérité superbe d’un Jia Zhang-ke ( Still Life), Zhang Yang a su imposer dans le cinéma chinois une voix personnelle. La voix d’un observateur attentif et intelligent du comportement de ses semblables, doublé d’un moraliste qui offre au spectateur matière à réflexion. Car au-delà des aspects très spécifiques de Getting Home, l’universalité de cette fable moderne apparaît clairement. Et soudain l’histoire bizarre d’un vieil ouvrier chinois transportant un cadavre nous parle. De la valeur d’une promesse, du sens donné à l’amitié, à la loyauté. Du vrai courage, aussi, qui ne passe pas par les armes mais par une résilience, une détermination, n’ayant d’autre victoire en vue que celle d’avoir fait ce qu’on se devait de faire. Bref, au contact intime de la mort, une modeste mais très belle leçon de vie.

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