Philippe Cornet
Philippe Cornet Journaliste musique

Led Zeppelin reformé sans son crucial chanteur original prétend tourner sous son nom complet. Moquerie certifiée ou simple tendance à l’imposture?

On a vu beaucoup de choses ces dernières années. Un groupe métalleux mené par son mégalomaniaque chanteur conserver son titre de gloire en dépit de la désertion de tous ses autres membres originels (Guns’ N Roses), de vieilles gloires privées de leur historique étalon embarquer un crieur inférieur (Queen sans Freddie Mercury mais avec Paul Rodgers) et plus communément, des survivants sixties, bien qu’amputés de la moitié de leur troupe d’origine, voulant prolonger la bamboula dans les stades américains à gros rendement (les Who sans Keith Moon ni John Entwistle). Et puis quoi d’autre? U2 avec le cousin de Bono au chant? Nick sans Cave? C’est le règne du grand n’importe quoi et du tiroir-caisse que symbolise l’annonce récente d’une possible tournée de Led Zeppelin sans Robert Plant. Plant, sa blondissime langueur, sa pose héritée d’Elvis pelvis et sa voix de brontosaure anglais ayant découvert le crime de lèse-blues absolu. Surtout, Plant, au même titre que les couinements de guitares de Page, est la marque fondatrice du style Led Zeppelin. La déclaration faite par les survivants – Jimmy Page et John Paul Jones, le batteur John Bonham ayant une excuse valable (1) – de faire une tournée mondiale sans Robert, dans la foulée de leur épisodique reformation londonienne de décembre 2007, est simplement incompréhensible. L’annonce que Page et Jones « auditionnent des vocalistes » signifie que n’importe qui est remplaçable (par n’importe qui), que la fidélité à une identité musicale n’existe plus et que tout n’est désormais qu’une question de marketing fondé sur un nom rassembleur. Si Led Zep ou les Who ou Queen veulent repartir en tournée sous prétexte de nostalgie mercantile, fort bien, mais qu’ils adaptent leur patronyme – celui qui fait venir les masses – à la nouvelle configuration. Si deux membres originels sur quatre n’en sont plus – c’est le cas des trois groupes précités (2) – qu’ils se rebaptisent donc au prorata: soit Led Zep, Who et Queen. C’est plus difficile à vendre mais c’est plus honnête, non?

(1) Il est mort étouffé dans son vomi en 1980 suite à l’absorption de quarante vodkas…

(2) John Deacon, bassiste de Queen, n’est pas de la partie.

Philippe Cornet

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