Philippe Cornet
Philippe Cornet Journaliste musique

Elyas Khan et son brûlant Nervous Cabaret travaillent à Brooklyn mais c’est en Europe qu’ils cherchent le succès.

Serait-ce le grand groupe ignoré des années 2000? La méprise méprisable? Alors que les plus arty des formations new-yorkaises décrochent des gorgées de superlatifs – de Strokes à Dirty Projectors -, Nervous Cabaret semble globalement ignoré. Pourtant, Drop Drop, son deuxième album sorti en septembre dernier chez Pias, est un objet cinglant. Les chansons- spasmes sont poursuivies au cul par des pointes de cuivres laissant aux rythmes un faux air de carnaval à l’envers. Sur ce, arrive la voix d’Elyas Khan qui semble vous implorer – tout en vous menaçant – de l’adorer au plus vite. Une tonalité orientale genre derviche tourneur président du Fan-Club Iggy Pop. Cela donne des titres aussi carnassiers que Sleepwalkers, Les enfants du papillon ou No Politics, No Sex, sans oublier le splendide Everything Matters. Et puis il y a la personnalité d’Elyas, son look de cartomancienne à moustaches, ses bagouses criardes, ses incessantes conversations qui décortiquent le présent à vitesse éclair. Son disque dur n’arrête jamais sauf quand il s’écroule après une montagne de Duvel.

Né en Grande-Bretagne de parents pakistanais, Elyas Khan passe une jeunesse sauvage outre-Manche avant de déménager à Minneapolis. Juste une étape avant New York et la faune des jeunes prétendants de Dumbo, Brooklyn. Refrain connu: les loyers y sont moins chers qu’à Manhattan, la communauté artistique, plus perméable. Les chansons bourlinguées avec Nervous Cabaret dans un vieux bâtiment qui donne sur l’East River tombent dans l’oreille avertie du label parisien Naïve (Carla Bruni, c’est eux) qui signe le groupe pour trois albums. Les deux premiers, même pas sortis aux Etats-Unis, creusent leur mini-sillon en France: c’est surtout en concert qu’Elyas & Cie impressionnent. Lui, flanqué d’une grosse guitare, dégage des vibrations de mangouste. Les autres assurent les arrangements féroces qui tranchent sur le binaire rock habituel. Il y a un côté Fellini, fin de civilisation dans la paume de ces titres tout en gourmandise. Cette année, depuis février, Elyas s’est fait continental, naviguant entre Bruxelles, Paris et Berlin. Enregistrant dans cette dernière ville les titres d’un possible album solo, tentative de faire un clin d’£il enfin accepté au succès qui le boude. Puis à Bruxelles, où il se produit de temps à autre en solo magnifique, Elyas travaille avec le peintre photoshoppeur Lucas Racasse. Celui-ci a réalisé un étonnant clip d’animation et travaille sur un second dans les mêmes conditions deux francs trois sous. Ainsi, une soirée d’avril 2008 commence-t-elle dans l’improbable atelier de Lucas qui surplombe le chemin de fer bruxellois – Blade Runner version SNCB… – et s’achève sans doute trop tard. On ne sait pas, on est rentré dormir et on n’a pas rêvé de Nervous Cabaret. Ils le méritent pourtant.

www.nervouscabaret.com www.lucasracasse.com

PHILIPPE CORNET

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