Philippe Cornet
Philippe Cornet Journaliste musique

Thinking Heads – Vingt-sept ans après un album novateur et dissonant qui annonçait le règne du sampling et l’avènement de la world, le retour des deux têtes pensantes est étonnamment harmonieux.

« Everything That Happens Will Happen Today »

Distribué par Bertus.Byrne est né en Ecosse en 1952 avant de partir vivre au Canada deux ans plus tard. Il grandit dans le Maryland et étudie à la Rhode Island School Of Design. Il fonde Talking Heads en 1974: ce groupe, né pendant l’ère punk, est avec son compère new-yorkais Television, l’un des principaux accoucheurs de la new wave US. Il se sépare en 1991 après huit albums ouverts sur le funk et l’Afrique, dont trois sont coproduits et partiellement écrits par Brian Eno. Né en 1948, ce multi-instrumentiste intuitif connait la gloire instantanée au sein de Roxy Music, l’un des groupes anglais les plus novateurs des seventies. Son ego pouvant difficilement cohabiter avec celui de Bryan Ferry, Eno quitte Roxy en 1973 et se lance dans une brillante carrière d’artiste-producteur, naviguant toujours entre l’underground et le mainstream ( cf. ses disques pour U2, Coldplay, Bowie ou James).

Avec Byrne, Eno concocte un premier album duo événementiel en 1981: My Life In The Bush Of Ghosts devance son époque en proposant des morceaux-collages noyautés de sampling – technique alors novatrice – et de sonorités empruntées à des prédicateurs arabes, des DJ’s radios et même à un exorciste. Le tout travaillé dans des conditions analogiques, sans le confort digital qui permet de monter (et de trafiquer) le son infiniment plus rapidement.

Le nouvel album rompt radicalement avec l’entreprise multicouche et dissonante de My Life même si l’harmonie qui se dégage d’ Everything That Happens Will Happen Today est le résultat d’un long travail: il s’agit moins d’expérimentations bidouillées que de morceaux parfaitement cadrés tendant vers une certaine simplicité .

Une réussite manifeste

Le ton général évoque une sorte de country-gospel où les harmonies vocales servent régulièrement d’ADN émotionnel. De ce corpus en onze titres, ressort une impression d’épanouissement organique tapissé d’électronique le plus souvent discrète et conviviale. Eno, aux musiques, Byrne aux textes et aux vocaux, tissent quelques chansons marquantes avec la décontraction sinueuse d’artistes accomplis mais jamais blasés. Life Is Long rappelle le meilleur power-soul nouvelle vague de Talking Heads et la voix de Byrne, démultipliée, y donne une impression de chaleur réelle. Un accomplissement porté dans le titre suivant, The River enrichi des mêmes teintes black portées vers le funk.

Au fur et à mesure des écoutes, les morceaux s’imposent à la manière d’un carrousel pop, sans doute moins échevelé que la collaboration Byrne/Eno pouvait supposer mais avec davantage de sentiments immédiats que n’importe lequel de leurs disques précédents. Et c’est l’un des facteurs de cette manifeste réussite.

à écouter: la réédition de My Life In The Bush Ghosts parue en 2006

www.everythingthathappens.com

Philippe Cornet

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